dimanche 6 mai 2018

Ne bouge pas

Ce soir-là, je m'étais vêtue comme une pute. Dans les innombrables conversation qui habitaient dorénavant mon quotidien, mon Renard avait souvent agité en moi cette représentation à laquelle on ne m'avait pas jusqu'ici confrontée. Depuis toujours, j'avais tenue à faire la différence entre salope et soumise ; je me plaisais à me dire d'abord et avant tout portée par la soumission, mon unique moteur et mon salut. Je constate avec le recul que j'y voyais là une plus noble disposition, je préservais ainsi une partie de mon ego, en offrant une justification raisonnable pour mes propensions à la luxure. Certes, salope, je l'étais, et je le suis toujours. Certes, j'en étais fière. Mais je ne m'estimais pas une grosse pute par nature ; j'étais soumise par nature, et ô combien différent cela m'apparaissait-il ! Par la soumission, tout est possible, tout est acceptable, et rien ne m'est imputable : je n'ai qu'à obéir. Agitant les fondements de mon rapport à ma sexualité, Renard m'amenait sur un terrain vierge et me guidait dans l'accueil de celle-là de nature, en rien incompatible avec celle de la soumise et esclave que je suis, en rien ne nécessitant d'être hiérarchisée par rapport à cette dernière. 

Ce soir-là, j'avais envie de lui montrer que j'étais à même d'embrasser cette dimension de mon être qu'il aimait attiser. Ainsi donc, j'avais revêtu de magnifiques bas, opaques jusqu'au dessus du genou, résilles par la suite, entièrement ouverts au niveau de la chatte et du cul, laissant mes orifices entièrement accessibles sans qu'aucun effort ne soit nécessaire. Avec eux seuls, l'effet était garanti. J'y ajoutai une petite robe bien courte au décolleté plongeant et baveux, reposant entre mes seins nus. Ma tenue épousait à merveille et avec souplesse mes courbes, et offrait le bénéfice incommensurable d'un dos entièrement ouvert, le tissu reposant juste sous le creux du bas du dos, à l'extrême limite de là où il faut. 

Un coup d'oeil à son arrivée suffit à allumer le feu de ses yeux. Cette fois, je ne me fis pas prier et m'installai directement à ses pieds. Je me sentais langoureuse et irrésistible, et il me plaisait de me trémousser, à la fois chatte et chienne en chaleur, déterminée à le rendre fou de désir. Après qu'il se fut gorgé de cette énergie que je disséminais, nous passâmes directement à la chambre à grande force de traction capillaire - nous avions dorénavant nos rituels - pour la suite des choses. C'est sur le lit qu'il me projeta cette fois, alors que la pièce toute entière était plongée dans l'obscurité. Le voir bouger ainsi, ombre menaçante et invitante, m'inquiétait et m'excitait. 

- Reste là, ne bouge pas. 

Il sortit de la pièce quelques minutes, je l'entendais chercher, tandis que j'attendais sagement comme on me l'avait indiqué. Ses pas se rapprochaient doucement, posés, surement. Sourd, le son qu'il émettaient voyageait jusqu'à mes oreilles, habillaient la noirceur incarnée dans laquelle je reposais. Soudain, un bruit court, rapide, intrépide ; 

SHLIK

Ce son que j'entendais pour la première fois, caractéristique, fut immédiatement suivi d'un appui froid, acéré, contre mon visage. Comprenant qu'il s'agissait là d'un couteau, mon corps se tendit immédiatement, accompagnant ma ma respiration qui s'accéléra : j'avais vraiment peur. La lame était fine, parfaitement aiguisée, et sa valse sur ma peau, jusqu'à ma gorge où la pression se fut nettement plus appuyée, me laissa tressaillante d'effroi. L'émotion était vraie, puissante, envahissante, et ce bien que mon cerveau sur me dire, et bien que je le crus, tu es en sécurité, tu as confiance en cet homme. Je respirai profondément pour me calmer et accueillir ce moment que je n'avais pas vu venir, qui était si fort, si intime, et ô combien significatif. 

Nous ne sommes plus des inconnus. Nul danger ne me guette auprès de toi. Même dans ces conditions-là. 

La lame fut rangée, mais non l'émoi, qui avait fait son nid pour de bon. Mon assaillant se redressa, pris quelques minutes pour admirer l'état de douce dissociation dans laquelle je baignais puis, une fois encore, déboucla sa ceinture. 

- Donc mes derniers coups étaient faibles, hum ?

- C'est pas ce que j'ai dit ! 

Il faisait référence à une discussion que nous avions eu sur la portée des coups, sur la douleur et sur le dépassement. Je lui avais indiqué que ses coups étaient forts, qu'ils étaient parfaits pour des contacts initiaux. Que à ce stade, c'était sublime. Bien mordants et parfaitement mesurés. Les coups des dernières séances se situaient effectivement dans la zone confortable de mon masochisme : ils me faisaient serrer les dents et me demandaient un effort d'accueil, d'immobilité, mais ils étaient magnifiquement douloureux. J'ai ajouté que j'aimais également aller juste assez trop loin, goûter à cette zone troublante où le plaisir vient par une prise de conscience de la portée de mon désir paradoxal, de mon consentement, de ce que je cède en acceptant, en quémandant de pareils traitements. En ce qui à trait à la douleur, c'est dans ce juste suffisamment trop que la soumission prend pour moi le plus son sens, qu'elle fait le plus distinctement chatoyer ses couleurs. 

Couchée sur le dos, jambes largement ouvertes pour le plaisir des yeux, mais surtout, pour celui que soient attendries ces chairs délicates de l'intérieur de mes cuisses généreuses, je frémissais à la fois d'excitation et d'anticipation, ayant bien compris la portée des mots que mon précieux venait tout juste de prononcer. L'impact se fit sentir, d'abord doucement. Trop doucement. Frustrant. Je croyais à des coups manqués - je suis naïve - mais il s'agissait en fait de me distraire. La vraie correction pris place alors que je ne la craignais plus. Je compris immédiatement que nous allions cette fois nous situer dans un tout autre registre : ma tolérance serait mise à l'épreuve. Effectivement, dès le premier impact digne de ce nom, je ne su rester ni silencieuse, ni immobile. 

- Et bien, il me semblait que tu étais suffisamment éduquée pour ne pas bouger, qu'est-ce qui t'arrive ? Remets toi en position. 

Ce que je fis, et ce que je payai immédiatement. Je ne sais pas combien de coups furent portés. Peu. La quantité n'était pas gargantuesque ; elle n'avait pas à l'être, chacun des impacts assénés étant à eux seuls une odyssée. Ce dont je me souviens, cependant, c'est que la toute dernières fois que le cuir s'abattit entre mes jambes, j'eus le souffle coupé. Je crus que je n'arriverais par à supporter pareil niveau de douleur, si tel était le chemin que nous emprunterions à l'avenir. J'avais tort... Non seulement je le pouvais, à ma grande stupéfaction - les soumises sous-estiment souvent leur capacités - mais je le désirais, les séances suivantes le mettrait clairement en lumière... 

J'eus à peine le temps de me remettre de ce brasier que déjà j'étais trainée - je suis une trainée - au plancher et vertement plaquée au mur. Assise par terre, les jambes écartées, je me retrouvai rapidement la bouche assiégée par cette bite que je désirais encore plus qu'un peu d'eau fraîche au coeur du désert. C'était bon, de le sentir à l'intérieur de moi, caresser mes muqueuses chaudes, humides, affamées, gourmandes. La bouche de sa pute, il l'a baisa comme s'il s'agissait d'un trou comme les autres, d'une cavité qu'il fallait baptiser, réduite à la plus simple expression de sa finalité. Lorsque vint son plaisir, il fit un pas en arrière et me déchargea sa pitance en plein visage, dans les yeux. Il en vint également dans mes cheveux, puis sur cette robe qui n'était plus qu'un bout de tissu ne ressemblant à rien, sinon à quelques lambeaux inutiles. 

- Ne bouge pas

Comment le pourrais-je ? J'étais en transe, je flottais dans cet ailleurs magnifique, envoutant, dans cet espace à l'abri de tout conditionnement internalisé par lobotomie sociétale. Il sortit de la chambre. Après quelques minutes, je l'entendis qui avait récupéré son manteau. Je ris. Il réapparut dans la chambre, me regarda puis sourit, satisfait, moi qui était souillée, rompue, plus pute que pute. Il me colla sa gomme au front, puis partit. 

TEMPS 2

Ne bouge pas. Il était parti sans me libérer de cet ordre qu'il m'avait donné. J'y voyais un oubli, une petite erreur, mais surtout, l'occasion de lui démontrer la portée de ma soumission, de me dépasser, de le surprendre. J'aimais offrir ce qui n'était pas demandé, aller au-delà de l'attendu, et les circonstances étaient parfaites. Il faut dire que j'étais également dans un état second. Le sperme reposait toujours sur mon visage, collant mes paupières, séchant doucement. La vision de moi-même à cet instant me paraissait d'un autre monde et j'avais envie de faire perdurer le doux repos qui me berçait. Ma conjointe allait terminer de travailler prochainement. Je ne savais pas quel heure il était exactement, mais d'après mes calculs, je n'aurais pas à patienter plus de deux heures. Et patienter, c'est ce que je ferais, parfaitement immobile. À son arrivée, elle prendrait une photo de moi, l'enverrais au Renard et lui demanderais en mon nom si je pouvais bouger. Tel était le plan. J'en étais fière. Il en serait fier aussi, n'est-ce pas ? Il en aurait le souffle coupé.

Driiiiiiiiiiinnnnnnggggg

Je souris en entendant la sonnerie de mon téléphone retentir. C'était lui, j'en étais certaine. Mon téléphone se trouvait dans la cuisine alors que je me trouvais dans ma chambre. Impossible de répondre. 

Ne bouge pas 

Driiiiiinnnnnnnnnnnnnnnnggggg

Ne bouge pas 

Drrrrrrrrrriiiinnnnnnggggg Drrrrrrrrrriiiinnnnnnggggg Drrrrrrrrrriiiinnnnnnggggg

Combien de fois avait-il appelé ? De nombreuses fois. Combien de temps s'était-il écoulé ? Longtemps. 

Ding 

Il textait à présent. Mon silence l'inquiétait probablement. Ou alors il me testait...

Ne bouge pas 

Ding Ding Ding Ding Ding Ding Ding Ding Ding 

Combien de fois avait-il texté ? De nombreuses fois. Combien de temps s'était-il écoulé ? Longtemps. 

Me réveillant doucement de cette autre dimension dans laquelle je reposais, je finis par bouger après environ une heure trente de parfaite immobilité. Parfaite Immobilité. Je dus le faire parce que peu vêtue, dominée par les hormones puissantes m'ayant fait voyager loin, je grelottais depuis maintenant un long moment, jusqu'à ce que l'asthme m'imposa sa loi : l'intégrité physique devait prévaloir avant tout. Au salon, je constatai que tous les messages et tous les appels provenaient effectivement de Renard. Au son de sa voix paniquée, plus que je ne l'aurais souhaité, je souris et ne prononçai que ces quelques mots : tu m'as dit de ne pas bouger...

samedi 21 avril 2018

De volts et d'éclairs

Il est arrivé comme à son habitude, désinvolte, souriant, avec son look de play boy mature et décontracté, irrésistible. 

Si irrésistible. Ne me demande pas. Prends moi. Fais de moi ce que bon te plaira. Tu ne le sais pas, pas encore à ce moment précis, mais je suis déjà à toi. 

Il avait pris soin d'amener des croissants pour toute la maisonnée. J'ai la chance inouïe de vivre dans un monde ouvert, si libre. Un monde dans lequel mon nouveau partenaire offre des croissants à ma femme pendant que je suis vautrée à ses pieds, pendant que ma tête se repose doucement sur son intimité, tour à tour chatte, chienne, pute, coquine, gamine. Joueuse. Complice. Incroyablement complice. La discussion prit place longtemps, entre un éclat de rire, un sourire excité, un regard affolé, un sein pointé. J'aimais cet homme, déjà. Il le savait, je le savais, mais nous ne le disions pas. C'était encore trop tôt, trop effrayant.  

"Non, non, ne jure pas. Bien que tu sois ma joie, ce serment cette nuit ne m'en apporte aucune. C'est trop impétueux, irréfléchi, soudain. Trop semblable à l'éclair, qui a cessé d'être avant qu'on puisse dire : il brille ! Ma chère âme, bonne nuit. Ce bourgeon de l'amour, s'il mûrit dans la brise d'été, sera peut-être une splendide fleur à notre prochaine rencontre*" 

Peu familier avec le polyamour, il ne comprenait pas encore tout à fait à quoi rimaient ces sentiments à peine voilés. Je l'aimais comme ; je respire, tu allumes le feu dans mes yeux, tu m'ensorcelles, tu pimentes ma vie. Je l'aimais comme ; je vis. L'amour n'est pas dangereux. L'amour ne signifie pas quitte tout pour moi, épouse-moi, fondons une famille. L'amour ne signifie pas qu'il doive n'y avoir que moi. L'amour ne signifie même pas sois aussi fou de moi que je le suis de toi ; mais tu le seras. 

Ainsi donc nous parlâmes longtemps. Jusqu'à ce qu'enfin les mots devinrent superflus. J'eus la permission de me coucher sur ses cuisses. J'y étais si bien, en sécurité, me délectant de ses mains caressant mon crâne. Il sait magnifiquement bien caresser les petites bêtes. Mieux que quiconque que j'eus rencontré à présent, dois-je confesser. Ainsi lovée et à demeure, je ne pus qu'être reconnaissance et gratitude lorsque je le vis défaire sa ceinture, puis dégrafer son pantalon. C'est ainsi que j'obtins la permission de me poser sur son pénis. J'accueillis sagement ce privilège, émerveillée. J'eus bientôt la permission de l'embrasser, mais sans plus. Je le couvris de baisers, délicatement, sur toute la longueur de sa magnifique verge, sur le gland, au-dessus et au-devant, par dessous et jusqu'au bout. Bien sûr, bien sûr, il m'empoigna les cheveux, le crâne, et me fit valser à son bon désir. Dictant le rythme, la pression, le mouvement. Dictant son chant. Et son chant était doux. Dur, ferme, décidé, mais doux. Doux comme l'odeur de l'herbe chargée d'humidité avant l'orage. 

Après quelque temps de ce manège, il me dirigea à sa suite jusqu'à la chambre, me trainant par les cheveux. Il tirait bien plus surement qu'il ne l'avait jamais fait, lui qui pourtant n'avait eu jusqu'ici que poigne solide. Il était si bon de ne pas prétendre. Je n'avais pas à le suivre de manière semi-incarnée parce que l'on empoignait semi-fermement ma tignasse ; j'avançais rapidement et surement parce que j'étais littéralement trainée par les cheveux. Oui, tout mon corps n'avait d'autre choix que de suivre sa valse, poupée désarticulée par le mouvement parfaitement orchestré de qui savait mener. Installés dans la chambre, lui confortablement assis, moi au plancher : 

- Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire de toi...

J'ai répondu que je ne le savais pas, évidemment. Et je ne voulais pas le savoir. Je ne voulais pas dicter. Je voulais accueillir, cueillir, offrir, abdiquer. Mourir plutôt que de décider. 

Il me demanda d'aller chercher le stick électrique. Il s'agit d'un outil impressionnant permettant de donner des décharges ciblées relativement puissantes de type électricité statique. L'objet était terrifiant, offrait un visuel spectaculaire, et me laissait toujours rompue de peur, de désir et de douce décharge hormonale envoutante. J'hésitai entre aller le récupérer à quatre pattes ou debout. Je vins pour me mettre debout, étrange réflexe de débutante, et je me fis tout de suite remettre à ma place. 

- Qui t'a demandé de te mettre sur tes deux pieds ? 

- Je, je, je ne savais pas si...

- Il va falloir apprendre. 

Quatre très fortes claques tombèrent immédiatement sur mon cul. Des tapes puissantes, maîtrisées, éducatives. Des tapes qui m'apprirent, oui, à user de jugement. En quête de l'objet qu'il m'avait demandé de lui apporter, c'est naturellement que je mis ce dernier dans ma gueule, pour lui offrir. Alors que j'ouvris celle-ci pour le laisser tomber dans sa main, il écarta celle-ci et le stick se fracassa au sol. Le sourire du gentil démon me faisant face me fit respirer fort, dans l'attente de la suite. 

À genoux à ses pieds, il sortir l'un de mes seins des vêtements dans lesquels ils reposaient toujours, pour essayer le singulier outil à sa disposition. L'éclair retentit. C'était bon, troublant, mordant. Il voulut rapidement répéter le forfait dans des conditions plus avantageuses. Il me repoussa du pied pour que je m'allonge par terre. Je gigotais et ricanais, déjà confortablement installée dans les doux limbes de ma soumission magnifiante, lorsqu'une puissante gifle - les seules qu'il sache donner - me réveilla de mes errances. 

- On va être sérieux un peu là. 

Sérieuse, je le fus. J'adoptai ce comportement que Novembre m'avait enseigné, toutes ses années. Disposée, accueillante, silencieuse, immobile : une parfaite docilité, dans une parfaite joie tranquille incommensurable de m'offrir ainsi. Ainsi, il fit tomber les décharges électriques tout au bout de mes mamelons si sensibles, à plusieurs reprises, encore et encore. Sensation envoutante s'il en est une, je flottais déjà dans cet ici et maintenant déconnecté de la réalité, dans ce repos exempt de toute la pression de cette vie moderne, épuisante et impitoyable. Oui, j'étais bien, bien loin, et à la fois toute là, lorsqu'il me fit écarter les jambes. 

J'avais eu cette fois l'initiative de ne pas mettre de sous-vêtements, pour qu'il eût le loisir de profiter pleinement du spectacle ainsi offert par mon intimité inondée. Je le vis défaire sa ceinture, plier celle-ci en deux. Comme il était beau, de toute sa hauteur. Comment décrire la joie incommensurable que m'offre la vision d'un homme me surplombant, m'observant, là, par terre, repue dans mon état de nature. Les coups tombèrent, meurtrissant la délicatesse de mes chairs si rarement maltraitées, à cet endroit bien précis. L'intérieur de mes cuisses ainsi sous ses assauts me fit me tortiller, légèrement, mais pas trop. Je ne refermai pas les cuisses. Il aurait été inacceptable que je le fasse. L'éducation que j'avais reçue ces 6 dernières années avec Novembre ne me permettait pas pareil manquement, ou du moins, ne me permettait pas de ne pas faire tous les efforts possibles pour demeurer immobile. Ses coups étaient forts, si forts. Pour une raison qui m'est toujours mystérieuse, ils ne sont jamais cependant trop forts, alors pourtant que je sais normalement tolérer bien moins de douleur que ce que je lui offre, à lui. C'était sa magie. Avec lui, j'étais une nouvelle soumise. La sienne, lors de ces moments partagés. Je me découvrais chatoyante sous ses couleurs, me fondant à son style, et j'aimais ce que j'observais en moi. Pour lui. 

Après m'avoir ainsi dument frappée, il me caressa du bout des doigts, très, très superficiellement. C'était le toucher d'un ange, après la fougue du démon. Il toucha aussi à cette occasion à ma chatte, pour la toute première fois. À peine. Il l'effleura était plus juste. 

Il l'effleura. Enfin, il l'effleura. 

Alors qu'il s'était reculé et installé sur la causeuse, me regardant me prélasser de toutes les largesses dont j'avais été l'objet, il me rappela à lui. Je restai au sol, bien sûr, et me reposai à nouveau tête déposée sur ses cuisses. Il me caressa, encore, je sentis son appréciation, l'accueil de mon offrande. Il me demanda de lui lécher les orteils, ce que je fis avec plus d'assurance encore et d'appétit que la dernière fois. Ce que je fis en disant MERCI du plus fort que je le pus, avec ma bouche, avec ma langue valsant sur ses pieds que j'étais affairée à adorer. Il m'intima de lui remettre ses chaussettes, puis ses bottes. C'était doux, de le servir ainsi, par ces gestes simples, non moins significatifs et si intimes. 

Renard s'en fut sous le soleil de midi, me laissant là, pure énergie. 

You've got a strange effect on me, and I like it
You make my world seem right,
You make my darkness brighter
Oh yes, you've got a strange effect on me, 
And I like it...**


*Shakespear, Roméo et Juliette, scène du balcon 
** Tiré de l'incroyable chanson "This strange effect"


mercredi 14 mars 2018

Libre, mais dépendante

- Est-ce que je peux me coucher sur vos genoux ? 

- Hum, je ne sais pas, ça fait beaucoup pour un café, non ? 

Sourires. Officiellement, il venait toujours boire un café. J'aimais ce prétexte au moins autant que j'aimais le café. Il me fit signe de venir m'installer, ce que je ne me priai pas pour faire. Qu'on est bien, la tête lovée sur les genoux d'un homme, d'un Dom, à se faire doucement caresser le crâne. Petite bête repue et chatte, reconnaissante, bientôt chienne, mais pour l'heure, chatte. 

- Vous rappelez-vous que j'avais dit que je prendrais une initiative pour votre prochaine venue ici ? 

Parfois je le vouvoyais, parfois je le tutoyais. Cela ne faisait aucune différence pour lui. Seule ma docilité et soumission comptait. Il n'aimait pas les relations qui n'ont de vrai que le protocole qui  les porte. Il était doux d'avoir cette liberté de valser entre le tu et le vous, au gré du senti, au gré des émotions m'ayant envahie. Il ne se souvenait pas, mais il comprit rapidement. 

- Je crois que je vois, oui. 

Je ne portais pas de sous-vêtements. C'était une minuscule attention bien sûr, un galet de plus dans la marre. Une toute petit acte d'offrande. En réalité, j'avais décidé d'agir ainsi parce que lors de notre dernière rencontre, il avait pris un moment pour me mirer, alors que j'étais couchée au sol les cuisses ouvertes. Je m'étais dit alors qu'il aurait mérité de voir davantage... Que je lui offrirais donc. 

- Mais ça c'est classique ça, madame ! 

Sur le ton de la rigolade  

- Chienne, vas bruler tes soutiens-gorges dans la rue ! 

Il se moquait souvent des Maîîîîîîîîîîtreeeeeuuuuuuuhhh. Je riais de sa désinvolture, mais néanmoins, une idée fit son chemin en mon esprit. J'aime offrir ce qui n'est pas attendu. J'aime tout offrir. J'aime offrir ce qui apparait déraisonnable de demander. Ce soir là, une fête était prévue chez des ami.es à nous. J'avais revêtu mes jeans troués, collants noirs dessous, mon corset et un décolleté vertigineux qui si tôt arrivée me fit sentir fort désirée. Je puais la salope. Essayant tant mieux que mal de trouver un recoin calme, j'atterris sur un lit pour enfant, camouflée sous les manteaux des convives. Un duo se trouvant dans la même pièce s'installa non loin de moi et me fit la conversation. 

- Je vais lui faire un cadeau. Il a dit un truc ce matin, et bref, en tout cas... Je vais lui faire un cadeau. 
- Quoi donc ? 

La conversation avec la fille du duo était coquine, légère, complice, fluide, intéressée. 

- Il a fait une boutade sur le fait de bruler mes soutiens-gorges dans la rue... C'était une boutade, mais...

- Mais tu vas le faire, tout simplement parce qu'il l'a "demandé", c'est ça ? 

Doux moment de complicité entre soumises... 

- Oui, c'est ça

- Simplement parce qu'il l'a dit

Je souris 

- Exactement

- Il va être content...

Ses mots étaient prononcés de manière joueuse, intense, complique. Le ton était posé, assuré. Son partenaire intervint, perplexe. 

- Il va être surpris

Il ne semble pas trop savoir comment gérer cette information, ce partage à demi mots entre elle et moi. La voici qui surenchère.  

- Il va être surpris content... 

Je souris. 

- Oui, surpris content...

Je ne tardai pas le lendemain à mettre à exécution mon plan, et à envoyer à Renard ce qui me semblait lui être dû. Stupéfaction et émotion de sa part furent mon salaire... 



vendredi 9 mars 2018

Le Maître est mort, vive le Maître


Dites-moi combien de jours, dites-moi combien de nuits, dites-moi combien de temps, que je suis repartie. À toi qui lis mes lignes, comme il est bon de te retrouver ! Moult saisons sont nées et mortes depuis notre dernière conversation. Des saisons d’amour, des saisons d’espoirs, des saisons de peines, des saisons rengaines. Je te retrouve néanmoins aujourd’hui parce que le printemps pointe, et que la frénésie des temps nouveaux coule sur moi comme l’eau des rivières déferle à la crue. 

L’appétit de la chienne qui rédige ces lignes était insatiable depuis un long moment déjà, petite et son bien aimé Maître en arrivèrent donc d’un commun accord à la conclusion qu’il était temps d’ouvrir portes et fenêtres. Je mentirais en confiant que cette perspective d’ouverture à d’Autres m’a été facile. Je me la suis imposée toute seule, certes en concertation, mais il y avait là néanmoins des éléments de l’ordre du deuil qui m’étaient difficiles à vivre. Je tiens si fort à celui qui m’a forgée ces six dernières années à ce jour, j’aurais quelque part valu que cela soit suffisant, dans mes rêves de princesse esclave. Or, la vie étant, le temps passant, la relation s’approfondissant et par le fait même déployant de nouvelles couleurs non moins magnifiantes, mais certes faites davantage de douceur, de sécurité, d’amour et d’accueil inconditionnel, de gratitude, de complicité ayant survécue à tant de torrents, voire à des presque naufrages… Non pas que les bases ne demeureraient pas toujours les mêmes, mais n’empêche que la relation se transformait, et il était temps pour moi de reprendre en charge le besoin de soumission dévorant qui m’habitait. 

Qui m’habite encore
Qui m’a toujours habité. 
Qui m’habitera toujours. 

Avec la bénédiction de mon Maître, qui restera toujours Maître - je me vois encore à ses pieds, calme, le regardant avec ce regard que je sais offrir, ce regard qui dit : ici, maintenant, avec Vous, il ne peut exister aucun être au monde de plus important.

J’entamai donc les « démarches ».

Après quelques efforts de recherche d’hommes à qui j'aurais loisir de m’offrir inconditionnellement, me voici au moment d'écrire ces lignes en lisse avec trois hommes dominants – du moins le prétendent-ils. Quelle aventure que ces sites. Laboratoire sociologique par excellence, y observer est tout aussi amusant que d’y prendre part. 

Le premier, Renard, a déjà fait ses preuves. Il n’eut pas à faire grand-chose. Il fait partie de cette classe d’hommes incroyables qui regardent tout au fond des yeux. Derrière. Loin, dedans. Il voit. Il le montre. Il l’assume, dès lors qu’il sent être sur la juste piste de décollage. Il n’eut pas à faire grand-chose, mais pour mon plaisir, pour le sien aussi, dans l’espoir de nourrir juste suffisamment son ego et ainsi contribuer à l’incarner dans le Dom qu’il Est, puis pour le vôtre chers lecteurs, voici le détail de ces deux premières rencontres intimes. 

La première fois, nous avons discuté très longtemps. Le café partagé avec un amusement et faux prétexte juste suffisamment boisé permis d’asseoir une atmosphère portée par l’humour et la complicité. Alors que je bénéficiais de ses vues sur des clichés que j’avais souhaité lui partager, en une seconde, le voici qui s’installa à califourchon sur moi. Se faisant, il se rendait très, très présent. C’est bien à ce moment qu’il entreprit de me prendre en main(s). Il ne s’agit pas là d’une allégorie. Il me tâtait, le visage, les joues, la nuque. Comme une poupée de chiffon. Il explorait son nouveau territoire. Malaxait. Dans pareilles circonstances, je me suis évidemment ramollie très rapidement. Très très rapidement. Il m'a giflé.  Fort. Très. Très très, mais pas trop. Plusieurs fois. Il testait en tâtant, giflant, triturant mes seins au passage. À un moment, il me tira par les cheveux jusqu’au sol. Il me tira réellement. Pas me « dirigea» au plancher. Sans conteste me tira. 

Les coudes sur l’assise du divan, je cambrai la croupe, en est-on étonné.es. Il m’offrit la fessée, par-dessus le legging que j’avais pudiquement revêtu sous ma robe de pin-up rouge à pois noirs. Je l’entendis défaire sa ceinture. Comment décrire la grâce du son magnifique d’un homme pleinement ancré dans son pouvoir et dégrafant sa ceinture ? Je ne mis pas longtemps à sentir celle-ci caresser mon derrière. Il l’utilisa pudiquement, mais néanmoins surement, une mesure adéquate et parfaitement calibrée pour une toute première fois avec une inconnue. 

J'étais bouillante. Je me tortillais, dandinais du cul embrassant pleinement mes bas instincts d’ores et déjà à l’œuvre. J'avais envie. M’a-t-il bien frotté le visage sur sa queue durcie au travers de ses pantalons, ou en ai-je rêvé ? ce n’est plus très clair. Ce qui l’est, c’est que j’étais chatte à ses pieds. Puis, me repoussant un peu à l’arrière, de simples mots furent prononcés : ça suffit pour aujourd'hui. 

J'étais à point, il aurait été si facile de tout consommer sans plus attendre, mais il était plus rusé que cela. Je me trémoussais de désir, mais ses couleurs étaient annoncées : il n'était pas là pour satisfaire mes désirs et faire comme bon me plait, à moi. C'est lui qui fait. Comme il le veut. À son rythme. Selon son désir. J’eus une pensée attendrie pour Novembre, Maître, qui m’avait bien éduquée à patiemment attendre, me mettre à disposition, et reléguer mes propres envies au second plan. J’étais heureuse de lui offrir la patience, si excitée fus-je. 

La deuxième fois, il vint tôt le matin. Je l’accueillis à nouveau avec un café. Nous avons de nouveau longuement discutés, ris, connectés. Déjà, il était doux d’observer la complicité grandir... 

Dans la chambre, il s'allongea sur mes cuisses. Je lui caressai la tête, les bras, le torse. Quel bel homme. Puis, je me levai pour jouer du piano, à deux pas de là. Il en fut touché, à tout le moins inspiré. Ils le sont tous. Il se leva et se positionna tout juste derrière moi. Il reprit son manège, me tirant les cheveux, me faisant valser le crâne à sa guise. Puis il se servit, plongeant les mains dans ce haut affriolant que je lui avais spécialement réservé. Il me tordit les mamelons, suffisamment pour que ma respiration s’accélère, suffisamment pour que j’en perdis le tempo. Il m’indiqua de continuer à jouer du piano. Je lui dis que j’essaierais… Mais je n'y arrivai pas, bien sûr, bien sûr. Il me traîna donc par terre, à ma place me dit-il, puis me regardai à nouveau profondément, avec son joli air pénétrant et vicieux. Cet air-là, oui, qu’il revêt, qui fait en sorte que les petites – ou les grosses, très très beaucoup – putes se sentent mini minuscules. 

Se jouant de ma nuque, respirant près, tout près de celle-ci, il en mordilla les chairs tendres. Dans cette proximité, il chuchota à mon oreille, dans un souffle chaud comme une brise d’août, d'imaginer qu'il était vampire, et qu'il me mordrait maintenant, vraiment, faisant gicler le sang. 

Et je buvais ses mots. Et j’embrassais sa fantaisie.

Puis il mordit. Et moi je n'étais qu'énergie. 

Il dégrafa son pantalon. Je le remercie de m’avoir offert le privilège de le gouter. C'était une magnifique bite. Mais je ne pouvais pas la déguster comme bon me semblait. Il guidait mes mouvements, faisant de ma tête et de ma bouche son jouet. Je pris plaisir lorsqu’il m’entraina à l’engloutir… Comme il est doux d’être bien remplie.  À nouveau cependant, il me repoussa, avec à la fois douceur et fermeté. Il me demanda de garder les cuisses ouvertes, pour observer, un peu, de là où il était bien installé. J'étais couchée au sol, liquéfiée, lorsqu’il se positionna debout au-dessus de moi, me surplombant délicieusement, prenant ainsi le temps de me scruter, puis de cracher au visage de sa marchandise, à deux reprises ... 

À nouveau, ces mots : ça suffit pour aujourd'hui. Cette fois j'étais affamée et suppliante. Je ne savais plus contenir, l’eusse-ai-je souhaité. Il a souri. M'a confié aimer que je le supplie ainsi. Que cela n'y changerait rien pour moi. Que je ne décidais pas. Que je ne déciderais pas – j’y ai entendu jamais – avec lui. Mais que cela lui plaisait beaucoup, que je supplie....  Alors que j'étais toujours niaise et confortablement installée à ses pieds, me collant négligemment sa gomme au front – c’était collant, donc soit je la mettais aux poubelles, ou alors je te la mettais là – il prononça ces mots, et me fit de même répéter ceux-là : 

- Donc j’avais raison, tu es réellement une grosse pute
Je souris discrètement, approbativement, gênée ;
- Quoi d’autres ? 
Silence
Une grosse pute, et quoi d’autres ? 
Dans un souffle, que pour lui ; 
Une salope, une chienne, une esclave… Une femme libre
Sourire de sa part
- Une femme libre… mais dépendante, c’est ça ? 
Sourire gêné, regard profond, regard qui dit  : tu sais, je sais que tu sais, tu sais que je sais, faut-il le dire ? Silence.
- Une femme libre… mais dépendante ? 
Puis, d’une voix à peine audible…
- Une femme libre mais dépendante, oui...
Rougeurs
- C’est bien ça. Oui, ça me plait.

Nous nous sommes quittés cette sur ces mots, lancés par lui à la boutade, mais néanmoins radicalement vrais : tu ne me reverras peut-être jamais. Voici donc venus, cher.es lectrices et lecteurs, Renard. : l'esprit fin et rusé, spécialiste de la frustration et de la langueur. Bientôt, la suite, cher.es lectrices et lecteurs. Ces Autres. Et lui, à nouveau. S’il le veut bien. 

mercredi 21 juin 2017

6 semaines

La séance prévue ce soir était punitive. Dans le monde de soumission et domination dans lequel j’évolue, certains moments partagés sont strictement punitifs. Durs, justes, et punitifs. J’entends par là que malgré mon bon vouloir, j’ai adopté un très mauvais comportement dont la nature concerne une dimension de ma vie pour laquelle j’ai demandé à mon Maître d’exercer du contrôle. 

La correction, c’est des tapes d’une intensité parfaitement mesurée pour que la douleur se mêle jusqu’à s’y méprendre au plaisir. La correction, c’est lorsque coquine et joueuse, je montre à mon Maître un nouveau joujou que j’ai acheté et qui lui permettra de me tourmenter. C’est également lorsque je me scrute fièrement devant un miroir, en espérant voir apparaître des souvenirs de ce moment précieux, ou en souhaitant que celles qui s’y trouvent restent longtemps. 

La punition, ça fait mal. Ça fait mal dedans, ça fait mal dehors. Dedans, parce que petite soumise sait qu’elle a fauté, qu’elle a réellement déçu son Maître, quelle a fait déshonneur à son éducation et qu’ainsi, elle a fait du tort autant à Lui qu’à elle, qu’à la relation. La punition ne se termine pas par un orgasme. Elle se termine par la punition. La punition n’a que faire que cette zone-ci ou que celle-là soit plus sensible, trop sensible. La punition n’entend pas les larmes, l’imploration, la contrition. La punition est dure, juste, et punitive. Ni plus, ni moins. 

J’ai suggéré moi-même de restreindre mes mouvements à l’aide de barres pour les jambes et pour les bras. Moins de mouvements, plus de sécurité, moins d’échappatoires. Pas parce que ça fait mouiller la chatte, la restriction de mouvements. Ça fait mouiller la chatte, certes. Mais ici ce n’est pas le but recherché. C’est au plus un dommage collatéral sur lequel je n’ai pas de contrôle. Je me suis restreinte moi-même, après l’avoir suggéré à Maître. C’était une façon pour moi de participer à ma punition. Il ne lui resterait qu’à me l’administrer. 

J’aurais dû m’assouplir le petit trou. J’ai la permission. J’hésite toujours néanmoins, parce que j’aime la morsure d’une sodomie brutale. Mais cette fois, j’aurais dû l’assouplir. J’ai crié. Beaucoup. Fort. Je ne crie pas normalement, je n’ai pas le droit, et j’ai appris à relativement bien me maîtriser. Pas cette fois. J’ai crié. J’ai hyper ventilé. J’ai pensé que j’allais perdre connaissance. Ç’a duré longtemps, la morsure. On aurait dit qu’il y avait du venin. 

J’ai été punie pour ne pas avoir fait le suivi de mes finances pendant six semaines, me causant des difficultés financières qui m’ont généré des crises d’anxiété. Les finances sont mon talon d’Achille. Après 5 ans de relation, cet automne, j’ai finalement demandé à Maître de m’aider à cet égard. La séance qui s’en était suivie avait été dure. Avec promesse que la suivante à ce sujet serait sans merci, si dérive il y avait. Il avait dit juste. 

La punition s’est déroulée en 6 actes, pour six semaines de dérive. Une semaine comportant sept jours, chaque jour me valait 10 coups. Sur la plante des pieds par exemple, avec une fine badine. Ou sur les mamelons, avec le bout dur de la cravache. Le tout entrecoupé par la voix de mon Maître : « la punition est grave et sévère, à l’image de la faute, vous le savez ça n’est-ce pas chienne ? Mordez dans l’oreiller. Voilà, vous voyez quand vous voulez. Ça achève. Comme cela, c’est bien, il n’en reste plus pour très longtemps. Plus que deux semaines. ». 

Six semaines. 6 x 7 x 10. Enfin, presque. Le septième jour, c’était repos. J’avais la permission d’engloutir son sexe, 10 fois. Bien compter. Du repos. 10 fois. Pas davantage. La sodomie également, plus tard, quand mon anus se fut remis de son assaut d’origine. Pour me reposer. Dix coups droits au plus profond de mes entrailles. Loin. Fort. Que je sentais jusque dans mon bas ventre. Oui, ça me reposait, me permettait de reprendre mon souffle. 

Êtes-vous toujours là ? Avez-vous déjà été puni.e.s ? Êtes-vous horrifié.e.s ? Êtes-vous mouillé.e.s ? Bandé.e.s ? Stupéfait.e.s ? 

J’avais hâte d’être punie. J’ai toujours hâte d’être punie. J’aurai encore hâte d’être punie. Pas comme dans ihhhhhhh hourra, une punition ! Oh non, que non. C’est une fébrilité calme, positivement résignée. Lucide. Je chéris ces moments comme les autres, parce qu’ils ont une résonnance particulière. Ils nous rappellent à tous les deux le socle de notre relation. La nature de celle-ci. Là où nous avons consenti à ce qu’elle aille. Ils sont difficiles, mais nécessaires. Fondateurs. Unificateurs. Purificateurs.

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- Vous avez dit ce soir à un moment pendant la séance que nous n’aimiez pas me punir, Maître. En quel sens dites-vous cela ? Parce que cela signifie que j’ai désobéi ? Vous prenez tout de même du plaisir à me punir si cela est juste et nécessaire j’espère Maître ! 

- Il y a corriger et punir. Là, c’était une vraie punition. 

- Cela ne vous excite pas de le faire, lorsque c’est mérité ? Vous vous contraignez à le faire par devoir ? Si c’est le cas, ma faute est double en fait, parce que non seulement j’ai désobéi, mais en plus je fais obstacle à votre plaisir ! 

- Je le fais par devoir avant tout. Je n’ai pas envie de vous blesser, or c’est dans les vraies punitions que les risques que cela se produise augmentent. 

- Je comprends votre préoccupation, mais avec retenue et discernement, ne pensez-vous pas qu’éviter les blessures soit tout à fait possible ? Même lorsqu’il s’agit d’une vraie punition, ma sécurité physique passe toujours avant tout le reste. 

- Évidemment 

- Peut-être alors que votre plaisir est affecté parce que votre vigilance est à son plus haut niveau? 

- Le plaisir est limité par le fait de punir pour punir. Ce n’est jamais une partie de plaisir pour un Maître de punir, mais un acte nécessaire. 

- Dans le sens que vous préférez me donner du plaisir, quand je le mérite ? 

- Mais bien sûr. Punir par jeu est plus agréable. Punir parce qu’il le faut n’est agréable pour aucun Maître digne de ce nom. Outre des blessures possibles, un Maître préférera toujours récompenser que punir, sauf s’il est réellement sadique et qu’il tape pour taper. 

- Je ne savais pas, je croyais que cela satisfaisait la partie sadique du Maître, justement.

-On peut l’être par jeu oui, c’est certain, et c’est différent. 

- Dans le fond, c’est pareil que moi qui ne prends pas vraiment de plaisir par la douleur aux réelles punitions ; je prends du plaisir, mais il se situe ailleurs, contrairement à la douleur masochiste que je reçois par jeu, qui elle est jouissive. 

- Une soumise pour un Maître est un investissement. Je ne connais personne qui aime prendre le risque de briser son investissement ou de le mettre à mal. Du moins, c’est ainsi que j’ai appris. Sois ferme, dur, mais juste. Après bien sûr, je ne dis pas qu’il n’y a pas des Maîtres qui tapent pour taper, il y en a bien sûr. Mais ce n’est pas ainsi que j’exerce ma domination. 

- Merci Maître, j’ai appris quelque chose d’important ce soir, je vais me souvenir. 

- Quoi donc ? 

- Que vous ne prenez pas de plaisir à me punir. Que vous le faites par responsabilité. Je l’apprécie donc d’autant plus, parce que cela demeure important et nécessaire. Mais aussi, ça m’incitera à faire encore plus attention, même si je ne cherche jamais sciemment à être punie. Je ne savais pas que de devoir me punir ici nuisait à votre plaisir, alors que l’on est tous les deux d’accord pour que celui-ci soit prioritaire. Je prends mon plaisir en vous offrant le vôtre. 

- La frontière est fine entre voir une soumise comme un investissement ou réellement voir celle-ci comme un objet. Il faut toujours faire attention de ne pas la perdre de vue. 


- Merci Maître de m’enseigner. Merci de me punir. Merci de me corriger. Merci d’être mon allié. 




samedi 11 février 2017

Appartenir en contexte polyamoureux


Le lancement de ce blog et la diffusion à laquelle je me suis livrée de celui-ci a eu un effet bienvenu mais non escompté, quoiqu’il fût sans doute prévisible. Plusieurs d’entre vous, chères lectrices et lecteurs, êtes venu.e.s m’aborder en privé et me raconter vos histoires, votre fascination, vos explorations ou encore vos balbutiements dans ce sentier pour lequel il n’existe pas d’indications claires et universelles. Parmi les interrogations que vous m’avez le plus souvent adressées se trouve celle-ci : comment marier BDSM, soumission et polyamour ? 

Bien que la question se pose qu’importe la position que l’on occupe dans une dynamique BDSM, je pense que celle-ci est sans doute d’autant plus pertinente pour les soumis et les soumises qui peuvent faire office, à tout le moins dans l’imaginaire collectif, de propriété à usage exclusif. D’après mon expérience et les moult conversations que j’ai eues tout au long de mes quinze années d’expérience, j’ai effectivement constaté que plusieurs dominants et dominantes veulent exercer un ou des privilèges. L’érotisation de la chosification peut également entraîner un rapport de possédeur.e possédé.e.

Comment donc éviter ce piège lorsque nous sommes à la recherche d’un Maître ou d’une Maîtresse pour découvrir les sentiers clairs obscurs du monde BDSM ? D’abord par une transparence viscérale. Une personne soumise n’a pas de secrets pour celui ou celle qui la dominera, et il est bien d’embrasser ce ton dès l’aurore de la relation ou des échanges qui lui sont préalables. À la fois par expérience et par éducation, je conseille d’être d’une authenticité sans faille dès les prémisses de la relation, ce qui ne veut pas dire de ne pas exercer son jugement dans la nature des informations transmises – n’allez pas donner votre code bancaire au premier venu ! En adoptant cette attitude en face de son aspirant.e partenaire, vous lui envoyez le message que vous ne jouez pas de jeu avec lui ou elle et que vous êtes disposé.e à l’outiller pour qu’il soit à même de grandir dans sa nature dominante. Vous vous assurez également de ne pas camoufler d’informations ou de besoins qui tôt ou tard émergeraient, faute d’être entendus ou comblés, nuiraient à votre épanouissement réciproque. En communiquant avec votre aspirant de la même façon – et peut-être même davantage – que vous le faites avec tous vos partenaires, vous obtiendrez rapidement une rétroaction de sa part qui vous aiguillera dans vos compatibilités. 

Peut-être était-il un dominant mono par défaut, par le même procédé social construit mononormatif qui affecte de nombreuses relations. Peut-être demeurera-t-il monogame, ou peut-être pourrez-vous trouver des arrangements qui satisfont à la fois un désir d’exclusivité et de liberté relationnelle. Par exemple, certains peuvent se sentir confortables que leur partenaire aient d’autres amoureux.ses ou amant.e.s mais souhaitent être les seuls avec qui se produit une dynamique d’échange de pouvoir. Peut-être plus simplement sera-t-il directement compréhensif et accueillant, pratiquant lui-même des relations non-monogames et n’exigera aucune forme d’exclusivité. 

La solution s’est mise en place naturellement avec mon Maître. Il conserve tous les droits sur mon corps, sur mes jouissances, et sur mes masturbations en sa présence ou non. Ce qui relève de la sexualité avec mon amoureuse m’appartient cependant totalement. Dit autrement, Maître était le premier à trouver qu’il était sain que ses droits soient limités là où ils pouvaient mettre en péril mon épanouissement ou celle de mes partenaires dans une relation amoureuse externe. Je mentirais si je disais que de ma perspective, cette réflexion et son issue allaient de soi. Que ma sexualité et toutes ses manifestations lui soient entièrement réservées était un idéal puissant, un désir profond, de ceux que j’aurais tant souhaité matérialiser. La soumise que je suis éprouvait beaucoup de difficulté à départager le désir profond d’appartenir en exclusivité à mon Maître, et le besoin de femme qui m’habitait d’équilibrer ma vie sentimentale, puisque ma relation avec mon Maître n’est pas une relation domestique et que nous n’avons pas loisir de partager ensemble nos nuits et jours, physiquement, au quotidien. Mais encore une fois, vivre dans la réalité exige parfois de lâcher prise sur certains fantasmes, pour que l’expérience vécue soit viable et durable.  Il va sans dire que l’accompagnement de mon Maître dans cette réflexion a été important et m’a aidée à entendre raison, lui pour qui il était naturel et logique que nous nous arrangions ainsi.  Ainsi avons-nous trouvé une entente qui nous semble équitable pour tout le monde, et j’ai depuis le moment où cette réflexion a eu lieu trouvé une amoureuse remarquable qui respecte mon besoin de soumission et me chérit dans toute ma complexité. Elle et mon Maître ont d’ailleurs fait connaissance et se respectent mutuellement, il nous arrive d’ailleurs de partager certains moments amicaux tous ensemble.

Et vous, quelle sera votre zone d’équilibre ? Vous êtes réciproquement responsables des termes contractuels, si je puis dire, sur lesquelles repose le fondement même de votre relation. Ne sous-estimez pas votre rôle à cette étape cruciale. La confiance est un ingrédient indispensable à la progression du lien qui vous unit et à l’érection de cette symbiose absolument renversante qui se produira à terme. Nulle place pour les non-dits et la trahison par omission dans ce parcours : votre lien n’y survivrait pas. 

En un mot comme en mille : se connaître soi-même, savoir nommer, et partager le fruit de cette maturité à soi avec celui ou celle qui nous verra bientôt sans masque aucun. Voilà la seule recette pour des relations BDSM épanouies, qu’elles soient uniques ou plurielles.  




mercredi 11 janvier 2017

Genèse, suite et fin

Que s’est-il passé très exactement à partir du moment où je fus bien installée sur ce lit, reins cambrés, croupe offerte, souffle court et l’intimité inondée ? Par envie de vous faire rêver en vous servant une histoire époustouflante qui n’a finalement de vrai que l’état fantasmagorique dans lequel elle nous plonge ; 

J’aurais pu vous dire…
  • Que la correction qu’il m’a administrée lors de cette rencontre initiatique était plus forte et plus juste que tout ce que j’avais connu auparavant, et que cette douleur extatique m’entraîna immédiatement  dans un état de transe où je perdis l’esprit;
  • Qu’il a instantanément deviné mon corps, en a maîtrisé chaque parcelle aux premiers contacts, me faisant me rompre d’orgasme en orgasme dans un flot intarissable du plaisir le plus inouï qui soit;
  • Que je vis de suite en lui l’homme à qui je ne pouvais que dédier le reste de ma vie soumise;
  • Que je me souviens très exactement d’absolument chacun des détails de cette première séance que je chéris plus que toutes autres…

J’aurais pu écrire tout cela, mais ce serait vous mentir éhontément, chères lectrices et chers lecteurs. La vérité est moins léchée. Elle est plus belle, plus hésitante, plus approximative, assurément plus précieuse, parce qu’elle est ce que ne sera jamais un pur fantasme : réelle. 

Cette réalité, j’aimerais pouvoir vous la narrer avec une précision affolante, vous rendre avides des détails les plus privés. Oh oui comme j’aurais aimé vous entretenir…
  • De la sensation exacte de ma peau frémissant au tout premier contact de sa main s’écrasant sur mes fesses, de l’ondulation de celles-ci répondant par une singulière danse à cet assaut annoncé, de cette chaleur imprimée qui ne quitta plus ni la pièce ni ma peau naturellement fardée;
  • De cet instant, celui-là même auquel ses ongles s’enfoncèrent si fermement dans les chairs de mon bassin, celui qui vit sa queue se glisser un dixième de millimètre à la fois en moi, puis qui au plus profond de mon intimité soudainement se buta, avec cette rudesse savante et cette assurance ensorcelante qui lui est si naturelle;
  • De ce ton assuré avec lequel il me demandait de tout nettoyer, de cette alternance de rythmes et de sensations, aux tréfonds de mon être tout comme à la cime de mon derme; 
  • De la façon qu’il avait de m’interroger, de me faire répéter, encore et encore, celle que j’étais, ce que je faisais, ces règles que de respecter il me sommait;
  • De ce sentiment de libération que je ressentais à n’avoir absolument aucun geste à poser, de n’avoir pour responsabilité que de me laisser chahuter, me laisser manier comme une poupée de chiffon repue et grisée par ces sommets d’excitation; 
  • De l’aurore qui se levait lorsqu’il fut rassasié, effondré, et moi, atomisée;  

Mais je ne me souviens pas…  Enfin, pas tout à fait, voyez-vous, pas aussi rigoureusement que je le souhaiterais, surtout. Il y a certaines choses cependant que je n’oublierai jamais. 
  • Cette façon qu’il a eu de m’accueillir, et de ne pas tout cueillir à la fois.
  • Ce soin avec lequel il a commencé cette fin de semaine là à peindre pour lui-même mon portrait, une couleur à la fois. 

C’est cette retenue jumelée à cette valse de sensations mesurées, patientes et sans surenchère que je n’oublierai jamais. Cette parfaite imperfection, assumée et complice, la seule que peut générer une toute première fois, et parfois les suivantes, parce qu’ainsi est la vie, parfaitement imparfaite, mais vraie. C’est celle-là qui me fit retourner à Lui, encore et toujours, une séance à la fois, jusqu’à aujourd’hui. 

Dans 10 jours, bientôt cinq ans après cette toute imparfaite et merveilleuse première fois, je recevrai mon collier. Certaines personnes utilisent des colliers pour jouer, pour marquer une transition entre la réalité et le moment privilégié. Le nôtre était un projet de longue haleine qui se voulait infiniment significatif. Ce collier ne quittera jamais mon cou, mais il n’aura de sens que pour nous. Je l’ai gagné à force de persévérance, d’abandon, de lâcher-prise, de confiance renouvelée, de crises surpassées. Il l’a gagné par son dévouement à mon éducation, par sa capacité de toujours se remettre en question, de s’ajuster, de demeurer ferme et ancré dans la réalité. Ce collier, ni moi ni mon Maître ne le prenions à la légère. C’est un collier alliance, le collier d’une vie. C’est le collier « rien ne pourra plus jamais nous séparer ». 

Merci Maître de m’avoir choisie, modelée, accompagnée, de m’avoir élevée et révélée à moi-même. Vous m’avez enseigné la persévérance, l’indulgence, la compassion, l’effort, le lâcher-prise. Je vous ai offert l’abdication et la détermination toujours renouvelée de marcher dans vos pas, avec constance, patience et humilité. Avec confiance également de ma capacité à grandir en moi, en Vous, en Nous. Votre présence dans ma vie me rend meilleure, hier, aujourd’hui, et à jamais. 

Mektub.