mercredi 25 juillet 2018

Chromosome Y

Que le temps passe vite, entre ces écrits qui me sont si chers, précieuses et précieux lecteurs. J'aimerais communiquer avec vous de façon assidue, conformément à la vision idéalisée que je me fais de moi : disciplinée, toujours à l'ordre, productive, d'un optimisme sans faille, jamais chavirée par mon monde intérieur.

Parfaite 

Or, imparfaite je suis, et ma plume en souffre, que voulez-vous. Je vous sais magnanimes, cependant, et je suis certaine que vous pardonnerez aisément ces quelques semaines de silence. J'ai pris soin de mon coeur, pendant cette période, puisque celui-ci avait été mis à rude épreuve, à notre regret réciproque, par la relation entretenue avec mon cher Renard. 

Relation courte mais intense, peut-être même brulante voire destructrice : la résurrection a été difficile. Le temps guérit néanmoins tout, et bien qu'il n'y ait pas une journée sans que je ne songe à son sourire, à ses yeux, à ses mains sur mon corps, à sa ceinture qui savait si bien me caresser, à lui bref, magnifique et incompréhensible lui, me voilà enfin en équilibre de nouveau, et ouverte à la vie. Je lui avais dit, certes, que c'était fini. Que j'en avais fini de ma soumission, que ce n'était pas possible de s'investir autant chaque fois, et de tomber de si haut.

Ma soumission mourra avec notre relation, je ne peux plus, je n'en peux plus

Si dramatiques aient été ces mots, je les pensais, au moment de les prononcer. Tout ceci fait partie de qui je suis, de l'intensité qui guette ma vie. C'était des mots biaisés, bien sûr, étouffés par la détresse, le deuil, l'incompréhension. Mais je ne peux mettre fin à ma soumission, parce qu'elle n'est pas envie, elle n'est pas lubie : elle est identité. Lorsque les plaies se referment, cette identité reprend toute la place qui lui revient, crie son besoin de s'exprimer, sa présence, incontournable et transcendante. Je l'aime ma soumission, et je suis heureuse de la prendre dans mes bras, chaque fois qu'elle me rappelle à l'ordre et fait régner sa loi. Ma loi. Ma foi en elle. En moi. 

Or donc, j'ai réactivé mes profils sur les sites de rencontre et j'ai ouvert la porte à la vie. La vie me sourit toujours et cette fois encore, j'ai été impressionnée du nombre de messages m'étant parvenue en si peu de temps ; des messages de qualité qui plus est ! Pas tous bien sûr, pas tous. Mais les personnes en qui je souhaite résonner semblent me reconnaître pour qui je suis et pour ce que j'ai à offrir. 

C'est ainsi que j'en vins à communiquer avec Chromosone Y. Charmant trentenaire - c'est la toute première fois que j'entame une relation avec un homme ne faisant pas encore 40 ans - qui sait manifestement ce qu'il recherche et ce qu'il a à offrir. À l'écoute et accueillant, je me suis rapidement sentie en bonne compagnie et considérée, et nos échanges virtuels, contrairement à mes habitudes, ont rapidement été empreints d'une certaine.... chaleur. Ou plutôt d'une chaleur certaine. Il est vrai que je n'ai pas l'habitude de sexter avant une première rencontre. Je choisis mes partenaires avec soin et j'attends toujours la confirmation que ceux-ci sont bel et bien dominants, ce qui n'a absolument rien à voir avec le fait de maîtriser les techniques d'impacts ou d'octroi de sensations. Mais Y était différent... Tout en lui transpirait déjà la maîtrise et un savoir-faire, que dis-je, un savoir Être inouï. 

Être dominant, purement et simplement, Y y arrive sans n'avoir aucun effort à fournir. Il sut se rendre très présent dès nos premières conversations, en me demandant par exemple de lui envoyer des photos de moi ou en me donnant des défis, tout en m'accompagnant par sa présence virtuelle tout au long de ceux-ci. Comme cette fois, par exemple, où il me demanda si j'avais des pinces, et m'enjoignit de les mettre à mes seins. J'obéissais toujours à l'instant même où il demandait - j'obéis toujours à la seconde même qu'un ordre m'est donné, c'est mon devoir et ma responsabilité, je connais ma fonction - et j'installai donc avec entrain les pinces, bien serrées. Y me demanda par la suite de les conserver une heure durant, ce qui est long certes mais me paraissait réalisable - je n'ai rien à dire, inutile que les choses me paraissent réalisables ou non,  je suis là pour obéir - puis me demanda de jouer avec ma chatte, cette heure durant, et de me faire jouir autant de fois que possible. 

Je suis multi orgasmique. Multi multi multi multi multi multi multi orgasmique : l'ai-je déjà spécifié sur ces pages ? Prenant mon devoir au sérieux, j'ai donc été impressionnée du résultat, et lui ravi, me sembla-t-il : 37 fois. J'avais été en mesure de jouir 37 fois durant cette petite - qu'elle me parut longue par moment ! - heure à ma disposition. Mes mamelons me faisaient souffrir, mais je savais respirer et accueillir cette douleur, non pas seulement la tolérer, mais jouir par celle-ci. 

Je m'égare, je m'égare. Cette petite parenthèse servait à introduire le fait que lorsque vint le moment de le rencontrer, j'étais déjà extrêmement motivée et optimiste. Par seulement parce que nous avions joué virtuellement, mais surtout parce qu'il avait su poser les bonnes questions. De très très très très nombreuses questions qui finalement en disant également très long sur lui et ses qualités de dominant. Nous devions nous rencontrer dans un café public, mais les transports en commun s'étant fait mes ennemis, j'ai été fort embêtée de lui annoncer que je serais en retard de près de trente minutes. Lorsqu'il me demanda si j'accepterais de me présenter directement chez lui, j'acceptai, cette fois encore, de faire ce que je ne faisais d'ordinaire pas. Était-ce mon look de salope gothique sexy qui m'insufflait cette confiance ? Le corset que j'avais décidé de porter pour me présenter à mon meilleur ? Ces regards des passant appréciant ma tenue à couper le souffle ? Mon instinct me disait que je pouvais lui faire confiance et me présenter directement chez lui, et c'est emballée et fort nerveuse que je pris finalement la direction de sa demeure. 

Lors de nos échanges, il avait déjà mentionné les règles qui s'appliqueraient si j'étais invitée chez lui : je devais retirer mes vêtement immédiatement après avoir franchis la porte d'entrée, me mettre au sol et ne jamais le quitter à moins d'indications contraire, et me taire, sauf si j'étais invitée à parler. C'est donc le coeur battant la chamaille que je cognai à sa porte. Celle-ci s'ouvrit sur un homme encore plus attirant que ses photos ne le laissaient présager, ce qui n'est jamais désagréable, bien que pas du tout indispensable. J'entrepris immédiatement de me déshabiller, et le fis dans un émoi certain puisque celui-là de dominant m'était réellement totalement inconnu. Aucun moment tampon pour être à l'aise l'un avec l'autre n'avait été déployé, nous plongions donc directement au coeur de ce que nous souhaitions vivre. Une fois tous mes vêtements enlevés et déposés, à genoux à ses pieds, il prononça ses premiers mots : 

- Your glasses too. 

Je rougis : nue signifiait réellement entièrement nue, pour lui, et je serais privée de jusqu'à cette faculté de l'observer clairement. Ce premier échange fit monter mon excitation d'un cran, alors que celle-ci, derrière mon corps tremblotant de nervosité, était déjà bien présente... 

Pour commencer, je fus giflée, plusieurs fois, d'un côté comme de l'autre. Ces gifles m'amenaient directement là où je me plaisais tant à me réfugier : au coeur de ma vulnérabilité, de mon abandon, de mon choix de m'offrir ainsi. Je le suivis par la suite au salon, à quatre pattes cela va de soi, puis demeurai tranquille sur mes genoux, mains derrière la tête par ma propre initiative, pendant que Y s'appropriait mon corps. Pour ce faire, il me tâta, partout, fort, me claqua les seins aussi, le cul. Il n'avait pas peur d'empoigner à pleine mains mes chairs généreuses, les tordant, les tirant, les soulevant. Je demeurais tranquille, gémissant ici et là, laissant mon vis-à-vis accueillir ce corps avec lequel il pourra s'amuser pour les prochaines heures. Je soufflais si fort, bien sûr. J'étais miniature, surprise de mon audace, mais non moins intimidée. Mais je me sentais en sécurité. Je savais, d'instinct, que j'étais entre bonnes mains. 

Après quelques temps de ce manège, Y me demanda de me lever et de m'appuyer au mur. Tirant mes cheveux d'une main, il s'affaira à me donner des coups de poing au ventre de son autre main. Je sais ce que vous allez penser : mais c'est ignoble ! Non, rassurez-vous, cela ne l'était pas, pas du tout même. Il n'y a eu absolument aucune douleur générée par cette activité : Y est manifestement doué et sait ce qu'il fait. C'était la première fois que je recevais des impacts tels que ceux-là, et ceux-ci n'ont pas provoqué de souffrance, mais plutôt un grand, grand, grand, grand sentiment de vulnérabilité. Je me sentais comme toutes ces petites bêtes qui ont pour instinct de protéger leur ventre, pour ne pas s'exposer aux prédateurs. Mais moi, voilà, je m'offrais. Je dois avouer que cet épisode fut intense et étrangement satisfaisant. Par celui-ci, je devins immédiatement beaucoup plus intime avec Y, qui lui, n'avait pas fini. 

Invitée à me diriger vers la chambre à coucher, je fus l'objet de ses bons soins, ce qui m'apparut très généreux. Apparemment que mon attitude et comportement était déjà apprécié, puisque Y me fit jouir, ses doigts dans ma chatte me chatouillant le point G. Gourmande et affamée, cela va de soi, j'eus également le plaisir de découvrir son sexe, fier et magnifique. Il sentit mon désir, mon amour de la fellation, mon engouement pour cet organe masculin si précieux et singulier. Nous nous amusâmes un moment comme peuvent le faire deux inconnus, accueillant que tout ne pouvait être parfait puisqu'il s'agissait d'une première fois, mais que tout était absolument juste et bon, pour cette première fois. La chaleur était accablante et Y sentit le besoin de prendre une pause. Je le suivis au salon, où il s'installa pour fumer une cigarette. 

Je dirais que c'est dans ce moment de douce accalmie que je me suis sentie le plus irrémédiablement soumise. Par tout le reste aussi, oui bien sûr, mais là, sur le plancher, ne pouvant me rhabiller, l'observant fumer en silence et me scruter, là, je me sentais miniature. Plus le temps passait, plus mon malaise grandissait : je ne pouvais pas fuir ma nudité. Je ne pouvais pas échapper au fait que j'étais incommensurablement soumise aux bons soins d'un parfait inconnu, qui ne me faisait d'ailleurs pas la conversation pour me détendre, ou si peu. Il me regardais, simplement, avec un rictus de sourire au visage, doucement, pénétrant, intimidant. Il était si calme, posé, ancré. D'une solidité renversante. Je ne sus me restreindre au silence à ce moment et tendais à parler beaucoup pour meubler mon malaise. Il ne s'en formalisa pas. Je m'excusai de jacasser ainsi, et lui confiai que j'étais très très très intimidée. 

- That's good.

Aucune autre parole. Il se délectait de mon embarras, et je mouillais de le voir aussi impassible et confortable dans sa nature dominante. 

- I'll make you shut up if i want to. 

Cet épisode dura longtemps ; je demeurai d'ailleurs avec lui près de deux heures et demi, ce qui est long pour une toute première rencontre. Plus le temps passait, plus j'étais intimidée, plus j'étais intimidée, plus j'étais excitée, et plus je jouissais des paradoxes des sentis s'alternant en moi à la vitesse de l'éclair. Vint enfin un moment où je me remémorai que j'étais sensée me taire, ce que je fis donc. Ce moment d'accalmie fut doux, invitant. Je lui souriais, en silence, l'oeil vif, lui communiquant que j'avais enfin compris. Il apprécia manifestement mon silence et mes efforts, puisque son oeil devint vif comme ceux d'un lynx, et qu'il vint à ma rencontre pour cette fois user de ma bouche. 

Et ma bouche, il l'usa... 

Il me baisa la bouche avec une assurance incroyable. Loin, fort, vite, magnifiquement contraignant, je me laissais coloniser comme j'aime l'être, ne tentais pas d'échapper au surplus de salive que générait ce traitement, ne cherchant pas non plus à prendre mon souffle lorsque lui, d'après ses mouvements, ne le trouvait pas indiqué. J'étouffais. Je jouissais. Je me reposais. Je servais. J'étais heureuse.

Un autre long moment où nous étions simplement en présence l'un de l'autre prit place à la suite de cet épisode, puis je fus invitée à aller me rhabiller. Il me regarda me diriger dans le couloir, puis m'appela à nouveau vers lui. 

- You're gonna leave that on the floor ? 

J'avais omise de ranger un coussin que j'avais utilisé, et il fut doux d'être prise en défaut ainsi, ce qui sembla également l'amuser. Je rangeai le tout et retournai à nouveau vers la porte d'entrée, où je me rhabillai, un morceau à la fois. Lui était toujours étendu sur le divan, m'observant, scrutant le moindre de mes mouvements. Lorsque je fus entièrement vêtue, il vint me rejoindre. Il fut cette fois très chaleureux et me dit avoir passé un très bon moment, lequel connaîtrait certainement des suites. Je quittai cet appartement visité pour la première fois et son convive le coeur léger et le corps épuisé. Un doux mélange qui m'habite toujours au moment de rédiger ces quelques lignes... 

Chères lectrices, chers lecteurs, voici venu Chromosome Y. Longue vie à nos badineries. 





dimanche 6 mai 2018

Ne bouge pas

Ce soir-là, je m'étais vêtue comme une pute. Dans les innombrables conversation qui habitaient dorénavant mon quotidien, mon Renard avait souvent agité en moi cette représentation à laquelle on ne m'avait pas jusqu'ici confrontée. Depuis toujours, j'avais tenue à faire la différence entre salope et soumise ; je me plaisais à me dire d'abord et avant tout portée par la soumission, mon unique moteur et mon salut. Je constate avec le recul que j'y voyais là une plus noble disposition, je préservais ainsi une partie de mon ego, en offrant une justification raisonnable pour mes propensions à la luxure. Certes, salope, je l'étais, et je le suis toujours. Certes, j'en étais fière. Mais je ne m'estimais pas une grosse pute par nature ; j'étais soumise par nature, et ô combien différent cela m'apparaissait-il ! Par la soumission, tout est possible, tout est acceptable, et rien ne m'est imputable : je n'ai qu'à obéir. Agitant les fondements de mon rapport à ma sexualité, Renard m'amenait sur un terrain vierge et me guidait dans l'accueil de celle-là de nature, en rien incompatible avec celle de la soumise et esclave que je suis, en rien ne nécessitant d'être hiérarchisée par rapport à cette dernière. 

Ce soir-là, j'avais envie de lui montrer que j'étais à même d'embrasser cette dimension de mon être qu'il aimait attiser. Ainsi donc, j'avais revêtu de magnifiques bas, opaques jusqu'au dessus du genou, résilles par la suite, entièrement ouverts au niveau de la chatte et du cul, laissant mes orifices entièrement accessibles sans qu'aucun effort ne soit nécessaire. Avec eux seuls, l'effet était garanti. J'y ajoutai une petite robe bien courte au décolleté plongeant et baveux, reposant entre mes seins nus. Ma tenue épousait à merveille et avec souplesse mes courbes, et offrait le bénéfice incommensurable d'un dos entièrement ouvert, le tissu reposant juste sous le creux du bas du dos, à l'extrême limite de là où il faut. 

Un coup d'oeil à son arrivée suffit à allumer le feu de ses yeux. Cette fois, je ne me fis pas prier et m'installai directement à ses pieds. Je me sentais langoureuse et irrésistible, et il me plaisait de me trémousser, à la fois chatte et chienne en chaleur, déterminée à le rendre fou de désir. Après qu'il se fut gorgé de cette énergie que je disséminais, nous passâmes directement à la chambre à grande force de traction capillaire - nous avions dorénavant nos rituels - pour la suite des choses. C'est sur le lit qu'il me projeta cette fois, alors que la pièce toute entière était plongée dans l'obscurité. Le voir bouger ainsi, ombre menaçante et invitante, m'inquiétait et m'excitait. 

- Reste là, ne bouge pas. 

Il sortit de la pièce quelques minutes, je l'entendais chercher, tandis que j'attendais sagement comme on me l'avait indiqué. Ses pas se rapprochaient doucement, posés, surement. Sourd, le son qu'il émettaient voyageait jusqu'à mes oreilles, habillaient la noirceur incarnée dans laquelle je reposais. Soudain, un bruit court, rapide, intrépide ; 

SHLIK

Ce son que j'entendais pour la première fois, caractéristique, fut immédiatement suivi d'un appui froid, acéré, contre mon visage. Comprenant qu'il s'agissait là d'un couteau, mon corps se tendit immédiatement, accompagnant ma ma respiration qui s'accéléra : j'avais vraiment peur. La lame était fine, parfaitement aiguisée, et sa valse sur ma peau, jusqu'à ma gorge où la pression se fut nettement plus appuyée, me laissa tressaillante d'effroi. L'émotion était vraie, puissante, envahissante, et ce bien que mon cerveau sur me dire, et bien que je le crus, tu es en sécurité, tu as confiance en cet homme. Je respirai profondément pour me calmer et accueillir ce moment que je n'avais pas vu venir, qui était si fort, si intime, et ô combien significatif. 

Nous ne sommes plus des inconnus. Nul danger ne me guette auprès de toi. Même dans ces conditions-là. 

La lame fut rangée, mais non l'émoi, qui avait fait son nid pour de bon. Mon assaillant se redressa, pris quelques minutes pour admirer l'état de douce dissociation dans laquelle je baignais puis, une fois encore, déboucla sa ceinture. 

- Donc mes derniers coups étaient faibles, hum ?

- C'est pas ce que j'ai dit ! 

Il faisait référence à une discussion que nous avions eu sur la portée des coups, sur la douleur et sur le dépassement. Je lui avais indiqué que ses coups étaient forts, qu'ils étaient parfaits pour des contacts initiaux. Que à ce stade, c'était sublime. Bien mordants et parfaitement mesurés. Les coups des dernières séances se situaient effectivement dans la zone confortable de mon masochisme : ils me faisaient serrer les dents et me demandaient un effort d'accueil, d'immobilité, mais ils étaient magnifiquement douloureux. J'ai ajouté que j'aimais également aller juste assez trop loin, goûter à cette zone troublante où le plaisir vient par une prise de conscience de la portée de mon désir paradoxal, de mon consentement, de ce que je cède en acceptant, en quémandant de pareils traitements. En ce qui à trait à la douleur, c'est dans ce juste suffisamment trop que la soumission prend pour moi le plus son sens, qu'elle fait le plus distinctement chatoyer ses couleurs. 

Couchée sur le dos, jambes largement ouvertes pour le plaisir des yeux, mais surtout, pour celui que soient attendries ces chairs délicates de l'intérieur de mes cuisses généreuses, je frémissais à la fois d'excitation et d'anticipation, ayant bien compris la portée des mots que mon précieux venait tout juste de prononcer. L'impact se fit sentir, d'abord doucement. Trop doucement. Frustrant. Je croyais à des coups manqués - je suis naïve - mais il s'agissait en fait de me distraire. La vraie correction pris place alors que je ne la craignais plus. Je compris immédiatement que nous allions cette fois nous situer dans un tout autre registre : ma tolérance serait mise à l'épreuve. Effectivement, dès le premier impact digne de ce nom, je ne su rester ni silencieuse, ni immobile. 

- Et bien, il me semblait que tu étais suffisamment éduquée pour ne pas bouger, qu'est-ce qui t'arrive ? Remets toi en position. 

Ce que je fis, et ce que je payai immédiatement. Je ne sais pas combien de coups furent portés. Peu. La quantité n'était pas gargantuesque ; elle n'avait pas à l'être, chacun des impacts assénés étant à eux seuls une odyssée. Ce dont je me souviens, cependant, c'est que la toute dernières fois que le cuir s'abattit entre mes jambes, j'eus le souffle coupé. Je crus que je n'arriverais par à supporter pareil niveau de douleur, si tel était le chemin que nous emprunterions à l'avenir. J'avais tort... Non seulement je le pouvais, à ma grande stupéfaction - les soumises sous-estiment souvent leur capacités - mais je le désirais, les séances suivantes le mettrait clairement en lumière... 

J'eus à peine le temps de me remettre de ce brasier que déjà j'étais trainée - je suis une trainée - au plancher et vertement plaquée au mur. Assise par terre, les jambes écartées, je me retrouvai rapidement la bouche assiégée par cette bite que je désirais encore plus qu'un peu d'eau fraîche au coeur du désert. C'était bon, de le sentir à l'intérieur de moi, caresser mes muqueuses chaudes, humides, affamées, gourmandes. La bouche de sa pute, il l'a baisa comme s'il s'agissait d'un trou comme les autres, d'une cavité qu'il fallait baptiser, réduite à la plus simple expression de sa finalité. Lorsque vint son plaisir, il fit un pas en arrière et me déchargea sa pitance en plein visage, dans les yeux. Il en vint également dans mes cheveux, puis sur cette robe qui n'était plus qu'un bout de tissu ne ressemblant à rien, sinon à quelques lambeaux inutiles. 

- Ne bouge pas

Comment le pourrais-je ? J'étais en transe, je flottais dans cet ailleurs magnifique, envoutant, dans cet espace à l'abri de tout conditionnement internalisé par lobotomie sociétale. Il sortit de la chambre. Après quelques minutes, je l'entendis qui avait récupéré son manteau. Je ris. Il réapparut dans la chambre, me regarda puis sourit, satisfait, moi qui était souillée, rompue, plus pute que pute. Il me colla sa gomme au front, puis partit. 

TEMPS 2

Ne bouge pas. Il était parti sans me libérer de cet ordre qu'il m'avait donné. J'y voyais un oubli, une petite erreur, mais surtout, l'occasion de lui démontrer la portée de ma soumission, de me dépasser, de le surprendre. J'aimais offrir ce qui n'était pas demandé, aller au-delà de l'attendu, et les circonstances étaient parfaites. Il faut dire que j'étais également dans un état second. Le sperme reposait toujours sur mon visage, collant mes paupières, séchant doucement. La vision de moi-même à cet instant me paraissait d'un autre monde et j'avais envie de faire perdurer le doux repos qui me berçait. Ma conjointe allait terminer de travailler prochainement. Je ne savais pas quel heure il était exactement, mais d'après mes calculs, je n'aurais pas à patienter plus de deux heures. Et patienter, c'est ce que je ferais, parfaitement immobile. À son arrivée, elle prendrait une photo de moi, l'enverrais au Renard et lui demanderais en mon nom si je pouvais bouger. Tel était le plan. J'en étais fière. Il en serait fier aussi, n'est-ce pas ? Il en aurait le souffle coupé.

Driiiiiiiiiiinnnnnnggggg

Je souris en entendant la sonnerie de mon téléphone retentir. C'était lui, j'en étais certaine. Mon téléphone se trouvait dans la cuisine alors que je me trouvais dans ma chambre. Impossible de répondre. 

Ne bouge pas 

Driiiiiinnnnnnnnnnnnnnnnggggg

Ne bouge pas 

Drrrrrrrrrriiiinnnnnnggggg Drrrrrrrrrriiiinnnnnnggggg Drrrrrrrrrriiiinnnnnnggggg

Combien de fois avait-il appelé ? De nombreuses fois. Combien de temps s'était-il écoulé ? Longtemps. 

Ding 

Il textait à présent. Mon silence l'inquiétait probablement. Ou alors il me testait...

Ne bouge pas 

Ding Ding Ding Ding Ding Ding Ding Ding Ding 

Combien de fois avait-il texté ? De nombreuses fois. Combien de temps s'était-il écoulé ? Longtemps. 

Me réveillant doucement de cette autre dimension dans laquelle je reposais, je finis par bouger après environ une heure trente de parfaite immobilité. Parfaite Immobilité. Je dus le faire parce que peu vêtue, dominée par les hormones puissantes m'ayant fait voyager loin, je grelottais depuis maintenant un long moment, jusqu'à ce que l'asthme m'imposa sa loi : l'intégrité physique devait prévaloir avant tout. Au salon, je constatai que tous les messages et tous les appels provenaient effectivement de Renard. Au son de sa voix paniquée, plus que je ne l'aurais souhaité, je souris et ne prononçai que ces quelques mots : tu m'as dit de ne pas bouger...

samedi 21 avril 2018

De volts et d'éclairs

Il est arrivé comme à son habitude, désinvolte, souriant, avec son look de play boy mature et décontracté, irrésistible. 

Si irrésistible. Ne me demande pas. Prends moi. Fais de moi ce que bon te plaira. Tu ne le sais pas, pas encore à ce moment précis, mais je suis déjà à toi. 

Il avait pris soin d'amener des croissants pour toute la maisonnée. J'ai la chance inouïe de vivre dans un monde ouvert, si libre. Un monde dans lequel mon nouveau partenaire offre des croissants à ma femme pendant que je suis vautrée à ses pieds, pendant que ma tête se repose doucement sur son intimité, tour à tour chatte, chienne, pute, coquine, gamine. Joueuse. Complice. Incroyablement complice. La discussion prit place longtemps, entre un éclat de rire, un sourire excité, un regard affolé, un sein pointé. J'aimais cet homme, déjà. Il le savait, je le savais, mais nous ne le disions pas. C'était encore trop tôt, trop effrayant.  

"Non, non, ne jure pas. Bien que tu sois ma joie, ce serment cette nuit ne m'en apporte aucune. C'est trop impétueux, irréfléchi, soudain. Trop semblable à l'éclair, qui a cessé d'être avant qu'on puisse dire : il brille ! Ma chère âme, bonne nuit. Ce bourgeon de l'amour, s'il mûrit dans la brise d'été, sera peut-être une splendide fleur à notre prochaine rencontre*" 

Peu familier avec le polyamour, il ne comprenait pas encore tout à fait à quoi rimaient ces sentiments à peine voilés. Je l'aimais comme ; je respire, tu allumes le feu dans mes yeux, tu m'ensorcelles, tu pimentes ma vie. Je l'aimais comme ; je vis. L'amour n'est pas dangereux. L'amour ne signifie pas quitte tout pour moi, épouse-moi, fondons une famille. L'amour ne signifie pas qu'il doive n'y avoir que moi. L'amour ne signifie même pas sois aussi fou de moi que je le suis de toi ; mais tu le seras. 

Ainsi donc nous parlâmes longtemps. Jusqu'à ce qu'enfin les mots devinrent superflus. J'eus la permission de me coucher sur ses cuisses. J'y étais si bien, en sécurité, me délectant de ses mains caressant mon crâne. Il sait magnifiquement bien caresser les petites bêtes. Mieux que quiconque que j'eus rencontré à présent, dois-je confesser. Ainsi lovée et à demeure, je ne pus qu'être reconnaissance et gratitude lorsque je le vis défaire sa ceinture, puis dégrafer son pantalon. C'est ainsi que j'obtins la permission de me poser sur son pénis. J'accueillis sagement ce privilège, émerveillée. J'eus bientôt la permission de l'embrasser, mais sans plus. Je le couvris de baisers, délicatement, sur toute la longueur de sa magnifique verge, sur le gland, au-dessus et au-devant, par dessous et jusqu'au bout. Bien sûr, bien sûr, il m'empoigna les cheveux, le crâne, et me fit valser à son bon désir. Dictant le rythme, la pression, le mouvement. Dictant son chant. Et son chant était doux. Dur, ferme, décidé, mais doux. Doux comme l'odeur de l'herbe chargée d'humidité avant l'orage. 

Après quelque temps de ce manège, il me dirigea à sa suite jusqu'à la chambre, me trainant par les cheveux. Il tirait bien plus surement qu'il ne l'avait jamais fait, lui qui pourtant n'avait eu jusqu'ici que poigne solide. Il était si bon de ne pas prétendre. Je n'avais pas à le suivre de manière semi-incarnée parce que l'on empoignait semi-fermement ma tignasse ; j'avançais rapidement et surement parce que j'étais littéralement trainée par les cheveux. Oui, tout mon corps n'avait d'autre choix que de suivre sa valse, poupée désarticulée par le mouvement parfaitement orchestré de qui savait mener. Installés dans la chambre, lui confortablement assis, moi au plancher : 

- Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire de toi...

J'ai répondu que je ne le savais pas, évidemment. Et je ne voulais pas le savoir. Je ne voulais pas dicter. Je voulais accueillir, cueillir, offrir, abdiquer. Mourir plutôt que de décider. 

Il me demanda d'aller chercher le stick électrique. Il s'agit d'un outil impressionnant permettant de donner des décharges ciblées relativement puissantes de type électricité statique. L'objet était terrifiant, offrait un visuel spectaculaire, et me laissait toujours rompue de peur, de désir et de douce décharge hormonale envoutante. J'hésitai entre aller le récupérer à quatre pattes ou debout. Je vins pour me mettre debout, étrange réflexe de débutante, et je me fis tout de suite remettre à ma place. 

- Qui t'a demandé de te mettre sur tes deux pieds ? 

- Je, je, je ne savais pas si...

- Il va falloir apprendre. 

Quatre très fortes claques tombèrent immédiatement sur mon cul. Des tapes puissantes, maîtrisées, éducatives. Des tapes qui m'apprirent, oui, à user de jugement. En quête de l'objet qu'il m'avait demandé de lui apporter, c'est naturellement que je mis ce dernier dans ma gueule, pour lui offrir. Alors que j'ouvris celle-ci pour le laisser tomber dans sa main, il écarta celle-ci et le stick se fracassa au sol. Le sourire du gentil démon me faisant face me fit respirer fort, dans l'attente de la suite. 

À genoux à ses pieds, il sortir l'un de mes seins des vêtements dans lesquels ils reposaient toujours, pour essayer le singulier outil à sa disposition. L'éclair retentit. C'était bon, troublant, mordant. Il voulut rapidement répéter le forfait dans des conditions plus avantageuses. Il me repoussa du pied pour que je m'allonge par terre. Je gigotais et ricanais, déjà confortablement installée dans les doux limbes de ma soumission magnifiante, lorsqu'une puissante gifle - les seules qu'il sache donner - me réveilla de mes errances. 

- On va être sérieux un peu là. 

Sérieuse, je le fus. J'adoptai ce comportement que Novembre m'avait enseigné, toutes ses années. Disposée, accueillante, silencieuse, immobile : une parfaite docilité, dans une parfaite joie tranquille incommensurable de m'offrir ainsi. Ainsi, il fit tomber les décharges électriques tout au bout de mes mamelons si sensibles, à plusieurs reprises, encore et encore. Sensation envoutante s'il en est une, je flottais déjà dans cet ici et maintenant déconnecté de la réalité, dans ce repos exempt de toute la pression de cette vie moderne, épuisante et impitoyable. Oui, j'étais bien, bien loin, et à la fois toute là, lorsqu'il me fit écarter les jambes. 

J'avais eu cette fois l'initiative de ne pas mettre de sous-vêtements, pour qu'il eût le loisir de profiter pleinement du spectacle ainsi offert par mon intimité inondée. Je le vis défaire sa ceinture, plier celle-ci en deux. Comme il était beau, de toute sa hauteur. Comment décrire la joie incommensurable que m'offre la vision d'un homme me surplombant, m'observant, là, par terre, repue dans mon état de nature. Les coups tombèrent, meurtrissant la délicatesse de mes chairs si rarement maltraitées, à cet endroit bien précis. L'intérieur de mes cuisses ainsi sous ses assauts me fit me tortiller, légèrement, mais pas trop. Je ne refermai pas les cuisses. Il aurait été inacceptable que je le fasse. L'éducation que j'avais reçue ces 6 dernières années avec Novembre ne me permettait pas pareil manquement, ou du moins, ne me permettait pas de ne pas faire tous les efforts possibles pour demeurer immobile. Ses coups étaient forts, si forts. Pour une raison qui m'est toujours mystérieuse, ils ne sont jamais cependant trop forts, alors pourtant que je sais normalement tolérer bien moins de douleur que ce que je lui offre, à lui. C'était sa magie. Avec lui, j'étais une nouvelle soumise. La sienne, lors de ces moments partagés. Je me découvrais chatoyante sous ses couleurs, me fondant à son style, et j'aimais ce que j'observais en moi. Pour lui. 

Après m'avoir ainsi dument frappée, il me caressa du bout des doigts, très, très superficiellement. C'était le toucher d'un ange, après la fougue du démon. Il toucha aussi à cette occasion à ma chatte, pour la toute première fois. À peine. Il l'effleura était plus juste. 

Il l'effleura. Enfin, il l'effleura. 

Alors qu'il s'était reculé et installé sur la causeuse, me regardant me prélasser de toutes les largesses dont j'avais été l'objet, il me rappela à lui. Je restai au sol, bien sûr, et me reposai à nouveau tête déposée sur ses cuisses. Il me caressa, encore, je sentis son appréciation, l'accueil de mon offrande. Il me demanda de lui lécher les orteils, ce que je fis avec plus d'assurance encore et d'appétit que la dernière fois. Ce que je fis en disant MERCI du plus fort que je le pus, avec ma bouche, avec ma langue valsant sur ses pieds que j'étais affairée à adorer. Il m'intima de lui remettre ses chaussettes, puis ses bottes. C'était doux, de le servir ainsi, par ces gestes simples, non moins significatifs et si intimes. 

Renard s'en fut sous le soleil de midi, me laissant là, pure énergie. 

You've got a strange effect on me, and I like it
You make my world seem right,
You make my darkness brighter
Oh yes, you've got a strange effect on me, 
And I like it...**


*Shakespear, Roméo et Juliette, scène du balcon 
** Tiré de l'incroyable chanson "This strange effect"


mercredi 14 mars 2018

Libre, mais dépendante

- Est-ce que je peux me coucher sur vos genoux ? 

- Hum, je ne sais pas, ça fait beaucoup pour un café, non ? 

Sourires. Officiellement, il venait toujours boire un café. J'aimais ce prétexte au moins autant que j'aimais le café. Il me fit signe de venir m'installer, ce que je ne me priai pas pour faire. Qu'on est bien, la tête lovée sur les genoux d'un homme, d'un Dom, à se faire doucement caresser le crâne. Petite bête repue et chatte, reconnaissante, bientôt chienne, mais pour l'heure, chatte. 

- Vous rappelez-vous que j'avais dit que je prendrais une initiative pour votre prochaine venue ici ? 

Parfois je le vouvoyais, parfois je le tutoyais. Cela ne faisait aucune différence pour lui. Seule ma docilité et soumission comptait. Il n'aimait pas les relations qui n'ont de vrai que le protocole qui  les porte. Il était doux d'avoir cette liberté de valser entre le tu et le vous, au gré du senti, au gré des émotions m'ayant envahie. Il ne se souvenait pas, mais il comprit rapidement. 

- Je crois que je vois, oui. 

Je ne portais pas de sous-vêtements. C'était une minuscule attention bien sûr, un galet de plus dans la marre. Une toute petit acte d'offrande. En réalité, j'avais décidé d'agir ainsi parce que lors de notre dernière rencontre, il avait pris un moment pour me mirer, alors que j'étais couchée au sol les cuisses ouvertes. Je m'étais dit alors qu'il aurait mérité de voir davantage... Que je lui offrirais donc. 

- Mais ça c'est classique ça, madame ! 

Sur le ton de la rigolade  

- Chienne, vas bruler tes soutiens-gorges dans la rue ! 

Il se moquait souvent des Maîîîîîîîîîîtreeeeeuuuuuuuhhh. Je riais de sa désinvolture, mais néanmoins, une idée fit son chemin en mon esprit. J'aime offrir ce qui n'est pas attendu. J'aime tout offrir. J'aime offrir ce qui apparait déraisonnable de demander. Ce soir là, une fête était prévue chez des ami.es à nous. J'avais revêtu mes jeans troués, collants noirs dessous, mon corset et un décolleté vertigineux qui si tôt arrivée me fit sentir fort désirée. Je puais la salope. Essayant tant mieux que mal de trouver un recoin calme, j'atterris sur un lit pour enfant, camouflée sous les manteaux des convives. Un duo se trouvant dans la même pièce s'installa non loin de moi et me fit la conversation. 

- Je vais lui faire un cadeau. Il a dit un truc ce matin, et bref, en tout cas... Je vais lui faire un cadeau. 
- Quoi donc ? 

La conversation avec la fille du duo était coquine, légère, complice, fluide, intéressée. 

- Il a fait une boutade sur le fait de bruler mes soutiens-gorges dans la rue... C'était une boutade, mais...

- Mais tu vas le faire, tout simplement parce qu'il l'a "demandé", c'est ça ? 

Doux moment de complicité entre soumises... 

- Oui, c'est ça

- Simplement parce qu'il l'a dit

Je souris 

- Exactement

- Il va être content...

Ses mots étaient prononcés de manière joueuse, intense, complique. Le ton était posé, assuré. Son partenaire intervint, perplexe. 

- Il va être surpris

Il ne semble pas trop savoir comment gérer cette information, ce partage à demi mots entre elle et moi. La voici qui surenchère.  

- Il va être surpris content... 

Je souris. 

- Oui, surpris content...

Je ne tardai pas le lendemain à mettre à exécution mon plan, et à envoyer à Renard ce qui me semblait lui être dû. Stupéfaction et émotion de sa part furent mon salaire... 



vendredi 9 mars 2018

Le Maître est mort, vive le Maître


Dites-moi combien de jours, dites-moi combien de nuits, dites-moi combien de temps, que je suis repartie. À toi qui lis mes lignes, comme il est bon de te retrouver ! Moult saisons sont nées et mortes depuis notre dernière conversation. Des saisons d’amour, des saisons d’espoirs, des saisons de peines, des saisons rengaines. Je te retrouve néanmoins aujourd’hui parce que le printemps pointe, et que la frénésie des temps nouveaux coule sur moi comme l’eau des rivières déferle à la crue. 

L’appétit de la chienne qui rédige ces lignes était insatiable depuis un long moment déjà, petite et son bien aimé Maître en arrivèrent donc d’un commun accord à la conclusion qu’il était temps d’ouvrir portes et fenêtres. Je mentirais en confiant que cette perspective d’ouverture à d’Autres m’a été facile. Je me la suis imposée toute seule, certes en concertation, mais il y avait là néanmoins des éléments de l’ordre du deuil qui m’étaient difficiles à vivre. Je tiens si fort à celui qui m’a forgée ces six dernières années à ce jour, j’aurais quelque part valu que cela soit suffisant, dans mes rêves de princesse esclave. Or, la vie étant, le temps passant, la relation s’approfondissant et par le fait même déployant de nouvelles couleurs non moins magnifiantes, mais certes faites davantage de douceur, de sécurité, d’amour et d’accueil inconditionnel, de gratitude, de complicité ayant survécue à tant de torrents, voire à des presque naufrages… Non pas que les bases ne demeureraient pas toujours les mêmes, mais n’empêche que la relation se transformait, et il était temps pour moi de reprendre en charge le besoin de soumission dévorant qui m’habitait. 

Qui m’habite encore
Qui m’a toujours habité. 
Qui m’habitera toujours. 

Avec la bénédiction de mon Maître, qui restera toujours Maître - je me vois encore à ses pieds, calme, le regardant avec ce regard que je sais offrir, ce regard qui dit : ici, maintenant, avec Vous, il ne peut exister aucun être au monde de plus important.

J’entamai donc les « démarches ».

Après quelques efforts de recherche d’hommes à qui j'aurais loisir de m’offrir inconditionnellement, me voici au moment d'écrire ces lignes en lisse avec trois hommes dominants – du moins le prétendent-ils. Quelle aventure que ces sites. Laboratoire sociologique par excellence, y observer est tout aussi amusant que d’y prendre part. 

Le premier, Renard, a déjà fait ses preuves. Il n’eut pas à faire grand-chose. Il fait partie de cette classe d’hommes incroyables qui regardent tout au fond des yeux. Derrière. Loin, dedans. Il voit. Il le montre. Il l’assume, dès lors qu’il sent être sur la juste piste de décollage. Il n’eut pas à faire grand-chose, mais pour mon plaisir, pour le sien aussi, dans l’espoir de nourrir juste suffisamment son ego et ainsi contribuer à l’incarner dans le Dom qu’il Est, puis pour le vôtre chers lecteurs, voici le détail de ces deux premières rencontres intimes. 

La première fois, nous avons discuté très longtemps. Le café partagé avec un amusement et faux prétexte juste suffisamment boisé permis d’asseoir une atmosphère portée par l’humour et la complicité. Alors que je bénéficiais de ses vues sur des clichés que j’avais souhaité lui partager, en une seconde, le voici qui s’installa à califourchon sur moi. Se faisant, il se rendait très, très présent. C’est bien à ce moment qu’il entreprit de me prendre en main(s). Il ne s’agit pas là d’une allégorie. Il me tâtait, le visage, les joues, la nuque. Comme une poupée de chiffon. Il explorait son nouveau territoire. Malaxait. Dans pareilles circonstances, je me suis évidemment ramollie très rapidement. Très très rapidement. Il m'a giflé.  Fort. Très. Très très, mais pas trop. Plusieurs fois. Il testait en tâtant, giflant, triturant mes seins au passage. À un moment, il me tira par les cheveux jusqu’au sol. Il me tira réellement. Pas me « dirigea» au plancher. Sans conteste me tira. 

Les coudes sur l’assise du divan, je cambrai la croupe, en est-on étonné.es. Il m’offrit la fessée, par-dessus le legging que j’avais pudiquement revêtu sous ma robe de pin-up rouge à pois noirs. Je l’entendis défaire sa ceinture. Comment décrire la grâce du son magnifique d’un homme pleinement ancré dans son pouvoir et dégrafant sa ceinture ? Je ne mis pas longtemps à sentir celle-ci caresser mon derrière. Il l’utilisa pudiquement, mais néanmoins surement, une mesure adéquate et parfaitement calibrée pour une toute première fois avec une inconnue. 

J'étais bouillante. Je me tortillais, dandinais du cul embrassant pleinement mes bas instincts d’ores et déjà à l’œuvre. J'avais envie. M’a-t-il bien frotté le visage sur sa queue durcie au travers de ses pantalons, ou en ai-je rêvé ? ce n’est plus très clair. Ce qui l’est, c’est que j’étais chatte à ses pieds. Puis, me repoussant un peu à l’arrière, de simples mots furent prononcés : ça suffit pour aujourd'hui. 

J'étais à point, il aurait été si facile de tout consommer sans plus attendre, mais il était plus rusé que cela. Je me trémoussais de désir, mais ses couleurs étaient annoncées : il n'était pas là pour satisfaire mes désirs et faire comme bon me plait, à moi. C'est lui qui fait. Comme il le veut. À son rythme. Selon son désir. J’eus une pensée attendrie pour Novembre, Maître, qui m’avait bien éduquée à patiemment attendre, me mettre à disposition, et reléguer mes propres envies au second plan. J’étais heureuse de lui offrir la patience, si excitée fus-je. 

La deuxième fois, il vint tôt le matin. Je l’accueillis à nouveau avec un café. Nous avons de nouveau longuement discutés, ris, connectés. Déjà, il était doux d’observer la complicité grandir... 

Dans la chambre, il s'allongea sur mes cuisses. Je lui caressai la tête, les bras, le torse. Quel bel homme. Puis, je me levai pour jouer du piano, à deux pas de là. Il en fut touché, à tout le moins inspiré. Ils le sont tous. Il se leva et se positionna tout juste derrière moi. Il reprit son manège, me tirant les cheveux, me faisant valser le crâne à sa guise. Puis il se servit, plongeant les mains dans ce haut affriolant que je lui avais spécialement réservé. Il me tordit les mamelons, suffisamment pour que ma respiration s’accélère, suffisamment pour que j’en perdis le tempo. Il m’indiqua de continuer à jouer du piano. Je lui dis que j’essaierais… Mais je n'y arrivai pas, bien sûr, bien sûr. Il me traîna donc par terre, à ma place me dit-il, puis me regardai à nouveau profondément, avec son joli air pénétrant et vicieux. Cet air-là, oui, qu’il revêt, qui fait en sorte que les petites – ou les grosses, très très beaucoup – putes se sentent mini minuscules. 

Se jouant de ma nuque, respirant près, tout près de celle-ci, il en mordilla les chairs tendres. Dans cette proximité, il chuchota à mon oreille, dans un souffle chaud comme une brise d’août, d'imaginer qu'il était vampire, et qu'il me mordrait maintenant, vraiment, faisant gicler le sang. 

Et je buvais ses mots. Et j’embrassais sa fantaisie.

Puis il mordit. Et moi je n'étais qu'énergie. 

Il dégrafa son pantalon. Je le remercie de m’avoir offert le privilège de le gouter. C'était une magnifique bite. Mais je ne pouvais pas la déguster comme bon me semblait. Il guidait mes mouvements, faisant de ma tête et de ma bouche son jouet. Je pris plaisir lorsqu’il m’entraina à l’engloutir… Comme il est doux d’être bien remplie.  À nouveau cependant, il me repoussa, avec à la fois douceur et fermeté. Il me demanda de garder les cuisses ouvertes, pour observer, un peu, de là où il était bien installé. J'étais couchée au sol, liquéfiée, lorsqu’il se positionna debout au-dessus de moi, me surplombant délicieusement, prenant ainsi le temps de me scruter, puis de cracher au visage de sa marchandise, à deux reprises ... 

À nouveau, ces mots : ça suffit pour aujourd'hui. Cette fois j'étais affamée et suppliante. Je ne savais plus contenir, l’eusse-ai-je souhaité. Il a souri. M'a confié aimer que je le supplie ainsi. Que cela n'y changerait rien pour moi. Que je ne décidais pas. Que je ne déciderais pas – j’y ai entendu jamais – avec lui. Mais que cela lui plaisait beaucoup, que je supplie....  Alors que j'étais toujours niaise et confortablement installée à ses pieds, me collant négligemment sa gomme au front – c’était collant, donc soit je la mettais aux poubelles, ou alors je te la mettais là – il prononça ces mots, et me fit de même répéter ceux-là : 

- Donc j’avais raison, tu es réellement une grosse pute
Je souris discrètement, approbativement, gênée ;
- Quoi d’autres ? 
Silence
Une grosse pute, et quoi d’autres ? 
Dans un souffle, que pour lui ; 
Une salope, une chienne, une esclave… Une femme libre
Sourire de sa part
- Une femme libre… mais dépendante, c’est ça ? 
Sourire gêné, regard profond, regard qui dit  : tu sais, je sais que tu sais, tu sais que je sais, faut-il le dire ? Silence.
- Une femme libre… mais dépendante ? 
Puis, d’une voix à peine audible…
- Une femme libre mais dépendante, oui...
Rougeurs
- C’est bien ça. Oui, ça me plait.

Nous nous sommes quittés cette sur ces mots, lancés par lui à la boutade, mais néanmoins radicalement vrais : tu ne me reverras peut-être jamais. Voici donc venus, cher.es lectrices et lecteurs, Renard. : l'esprit fin et rusé, spécialiste de la frustration et de la langueur. Bientôt, la suite, cher.es lectrices et lecteurs. Ces Autres. Et lui, à nouveau. S’il le veut bien. 

mercredi 21 juin 2017

6 semaines

La séance prévue ce soir était punitive. Dans le monde de soumission et domination dans lequel j’évolue, certains moments partagés sont strictement punitifs. Durs, justes, et punitifs. J’entends par là que malgré mon bon vouloir, j’ai adopté un très mauvais comportement dont la nature concerne une dimension de ma vie pour laquelle j’ai demandé à mon Maître d’exercer du contrôle. 

La correction, c’est des tapes d’une intensité parfaitement mesurée pour que la douleur se mêle jusqu’à s’y méprendre au plaisir. La correction, c’est lorsque coquine et joueuse, je montre à mon Maître un nouveau joujou que j’ai acheté et qui lui permettra de me tourmenter. C’est également lorsque je me scrute fièrement devant un miroir, en espérant voir apparaître des souvenirs de ce moment précieux, ou en souhaitant que celles qui s’y trouvent restent longtemps. 

La punition, ça fait mal. Ça fait mal dedans, ça fait mal dehors. Dedans, parce que petite soumise sait qu’elle a fauté, qu’elle a réellement déçu son Maître, quelle a fait déshonneur à son éducation et qu’ainsi, elle a fait du tort autant à Lui qu’à elle, qu’à la relation. La punition ne se termine pas par un orgasme. Elle se termine par la punition. La punition n’a que faire que cette zone-ci ou que celle-là soit plus sensible, trop sensible. La punition n’entend pas les larmes, l’imploration, la contrition. La punition est dure, juste, et punitive. Ni plus, ni moins. 

J’ai suggéré moi-même de restreindre mes mouvements à l’aide de barres pour les jambes et pour les bras. Moins de mouvements, plus de sécurité, moins d’échappatoires. Pas parce que ça fait mouiller la chatte, la restriction de mouvements. Ça fait mouiller la chatte, certes. Mais ici ce n’est pas le but recherché. C’est au plus un dommage collatéral sur lequel je n’ai pas de contrôle. Je me suis restreinte moi-même, après l’avoir suggéré à Maître. C’était une façon pour moi de participer à ma punition. Il ne lui resterait qu’à me l’administrer. 

J’aurais dû m’assouplir le petit trou. J’ai la permission. J’hésite toujours néanmoins, parce que j’aime la morsure d’une sodomie brutale. Mais cette fois, j’aurais dû l’assouplir. J’ai crié. Beaucoup. Fort. Je ne crie pas normalement, je n’ai pas le droit, et j’ai appris à relativement bien me maîtriser. Pas cette fois. J’ai crié. J’ai hyper ventilé. J’ai pensé que j’allais perdre connaissance. Ç’a duré longtemps, la morsure. On aurait dit qu’il y avait du venin. 

J’ai été punie pour ne pas avoir fait le suivi de mes finances pendant six semaines, me causant des difficultés financières qui m’ont généré des crises d’anxiété. Les finances sont mon talon d’Achille. Après 5 ans de relation, cet automne, j’ai finalement demandé à Maître de m’aider à cet égard. La séance qui s’en était suivie avait été dure. Avec promesse que la suivante à ce sujet serait sans merci, si dérive il y avait. Il avait dit juste. 

La punition s’est déroulée en 6 actes, pour six semaines de dérive. Une semaine comportant sept jours, chaque jour me valait 10 coups. Sur la plante des pieds par exemple, avec une fine badine. Ou sur les mamelons, avec le bout dur de la cravache. Le tout entrecoupé par la voix de mon Maître : « la punition est grave et sévère, à l’image de la faute, vous le savez ça n’est-ce pas chienne ? Mordez dans l’oreiller. Voilà, vous voyez quand vous voulez. Ça achève. Comme cela, c’est bien, il n’en reste plus pour très longtemps. Plus que deux semaines. ». 

Six semaines. 6 x 7 x 10. Enfin, presque. Le septième jour, c’était repos. J’avais la permission d’engloutir son sexe, 10 fois. Bien compter. Du repos. 10 fois. Pas davantage. La sodomie également, plus tard, quand mon anus se fut remis de son assaut d’origine. Pour me reposer. Dix coups droits au plus profond de mes entrailles. Loin. Fort. Que je sentais jusque dans mon bas ventre. Oui, ça me reposait, me permettait de reprendre mon souffle. 

Êtes-vous toujours là ? Avez-vous déjà été puni.e.s ? Êtes-vous horrifié.e.s ? Êtes-vous mouillé.e.s ? Bandé.e.s ? Stupéfait.e.s ? 

J’avais hâte d’être punie. J’ai toujours hâte d’être punie. J’aurai encore hâte d’être punie. Pas comme dans ihhhhhhh hourra, une punition ! Oh non, que non. C’est une fébrilité calme, positivement résignée. Lucide. Je chéris ces moments comme les autres, parce qu’ils ont une résonnance particulière. Ils nous rappellent à tous les deux le socle de notre relation. La nature de celle-ci. Là où nous avons consenti à ce qu’elle aille. Ils sont difficiles, mais nécessaires. Fondateurs. Unificateurs. Purificateurs.

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- Vous avez dit ce soir à un moment pendant la séance que nous n’aimiez pas me punir, Maître. En quel sens dites-vous cela ? Parce que cela signifie que j’ai désobéi ? Vous prenez tout de même du plaisir à me punir si cela est juste et nécessaire j’espère Maître ! 

- Il y a corriger et punir. Là, c’était une vraie punition. 

- Cela ne vous excite pas de le faire, lorsque c’est mérité ? Vous vous contraignez à le faire par devoir ? Si c’est le cas, ma faute est double en fait, parce que non seulement j’ai désobéi, mais en plus je fais obstacle à votre plaisir ! 

- Je le fais par devoir avant tout. Je n’ai pas envie de vous blesser, or c’est dans les vraies punitions que les risques que cela se produise augmentent. 

- Je comprends votre préoccupation, mais avec retenue et discernement, ne pensez-vous pas qu’éviter les blessures soit tout à fait possible ? Même lorsqu’il s’agit d’une vraie punition, ma sécurité physique passe toujours avant tout le reste. 

- Évidemment 

- Peut-être alors que votre plaisir est affecté parce que votre vigilance est à son plus haut niveau? 

- Le plaisir est limité par le fait de punir pour punir. Ce n’est jamais une partie de plaisir pour un Maître de punir, mais un acte nécessaire. 

- Dans le sens que vous préférez me donner du plaisir, quand je le mérite ? 

- Mais bien sûr. Punir par jeu est plus agréable. Punir parce qu’il le faut n’est agréable pour aucun Maître digne de ce nom. Outre des blessures possibles, un Maître préférera toujours récompenser que punir, sauf s’il est réellement sadique et qu’il tape pour taper. 

- Je ne savais pas, je croyais que cela satisfaisait la partie sadique du Maître, justement.

-On peut l’être par jeu oui, c’est certain, et c’est différent. 

- Dans le fond, c’est pareil que moi qui ne prends pas vraiment de plaisir par la douleur aux réelles punitions ; je prends du plaisir, mais il se situe ailleurs, contrairement à la douleur masochiste que je reçois par jeu, qui elle est jouissive. 

- Une soumise pour un Maître est un investissement. Je ne connais personne qui aime prendre le risque de briser son investissement ou de le mettre à mal. Du moins, c’est ainsi que j’ai appris. Sois ferme, dur, mais juste. Après bien sûr, je ne dis pas qu’il n’y a pas des Maîtres qui tapent pour taper, il y en a bien sûr. Mais ce n’est pas ainsi que j’exerce ma domination. 

- Merci Maître, j’ai appris quelque chose d’important ce soir, je vais me souvenir. 

- Quoi donc ? 

- Que vous ne prenez pas de plaisir à me punir. Que vous le faites par responsabilité. Je l’apprécie donc d’autant plus, parce que cela demeure important et nécessaire. Mais aussi, ça m’incitera à faire encore plus attention, même si je ne cherche jamais sciemment à être punie. Je ne savais pas que de devoir me punir ici nuisait à votre plaisir, alors que l’on est tous les deux d’accord pour que celui-ci soit prioritaire. Je prends mon plaisir en vous offrant le vôtre. 

- La frontière est fine entre voir une soumise comme un investissement ou réellement voir celle-ci comme un objet. Il faut toujours faire attention de ne pas la perdre de vue. 


- Merci Maître de m’enseigner. Merci de me punir. Merci de me corriger. Merci d’être mon allié. 




samedi 11 février 2017

Appartenir en contexte polyamoureux


Le lancement de ce blog et la diffusion à laquelle je me suis livrée de celui-ci a eu un effet bienvenu mais non escompté, quoiqu’il fût sans doute prévisible. Plusieurs d’entre vous, chères lectrices et lecteurs, êtes venu.e.s m’aborder en privé et me raconter vos histoires, votre fascination, vos explorations ou encore vos balbutiements dans ce sentier pour lequel il n’existe pas d’indications claires et universelles. Parmi les interrogations que vous m’avez le plus souvent adressées se trouve celle-ci : comment marier BDSM, soumission et polyamour ? 

Bien que la question se pose qu’importe la position que l’on occupe dans une dynamique BDSM, je pense que celle-ci est sans doute d’autant plus pertinente pour les soumis et les soumises qui peuvent faire office, à tout le moins dans l’imaginaire collectif, de propriété à usage exclusif. D’après mon expérience et les moult conversations que j’ai eues tout au long de mes quinze années d’expérience, j’ai effectivement constaté que plusieurs dominants et dominantes veulent exercer un ou des privilèges. L’érotisation de la chosification peut également entraîner un rapport de possédeur.e possédé.e.

Comment donc éviter ce piège lorsque nous sommes à la recherche d’un Maître ou d’une Maîtresse pour découvrir les sentiers clairs obscurs du monde BDSM ? D’abord par une transparence viscérale. Une personne soumise n’a pas de secrets pour celui ou celle qui la dominera, et il est bien d’embrasser ce ton dès l’aurore de la relation ou des échanges qui lui sont préalables. À la fois par expérience et par éducation, je conseille d’être d’une authenticité sans faille dès les prémisses de la relation, ce qui ne veut pas dire de ne pas exercer son jugement dans la nature des informations transmises – n’allez pas donner votre code bancaire au premier venu ! En adoptant cette attitude en face de son aspirant.e partenaire, vous lui envoyez le message que vous ne jouez pas de jeu avec lui ou elle et que vous êtes disposé.e à l’outiller pour qu’il soit à même de grandir dans sa nature dominante. Vous vous assurez également de ne pas camoufler d’informations ou de besoins qui tôt ou tard émergeraient, faute d’être entendus ou comblés, nuiraient à votre épanouissement réciproque. En communiquant avec votre aspirant de la même façon – et peut-être même davantage – que vous le faites avec tous vos partenaires, vous obtiendrez rapidement une rétroaction de sa part qui vous aiguillera dans vos compatibilités. 

Peut-être était-il un dominant mono par défaut, par le même procédé social construit mononormatif qui affecte de nombreuses relations. Peut-être demeurera-t-il monogame, ou peut-être pourrez-vous trouver des arrangements qui satisfont à la fois un désir d’exclusivité et de liberté relationnelle. Par exemple, certains peuvent se sentir confortables que leur partenaire aient d’autres amoureux.ses ou amant.e.s mais souhaitent être les seuls avec qui se produit une dynamique d’échange de pouvoir. Peut-être plus simplement sera-t-il directement compréhensif et accueillant, pratiquant lui-même des relations non-monogames et n’exigera aucune forme d’exclusivité. 

La solution s’est mise en place naturellement avec mon Maître. Il conserve tous les droits sur mon corps, sur mes jouissances, et sur mes masturbations en sa présence ou non. Ce qui relève de la sexualité avec mon amoureuse m’appartient cependant totalement. Dit autrement, Maître était le premier à trouver qu’il était sain que ses droits soient limités là où ils pouvaient mettre en péril mon épanouissement ou celle de mes partenaires dans une relation amoureuse externe. Je mentirais si je disais que de ma perspective, cette réflexion et son issue allaient de soi. Que ma sexualité et toutes ses manifestations lui soient entièrement réservées était un idéal puissant, un désir profond, de ceux que j’aurais tant souhaité matérialiser. La soumise que je suis éprouvait beaucoup de difficulté à départager le désir profond d’appartenir en exclusivité à mon Maître, et le besoin de femme qui m’habitait d’équilibrer ma vie sentimentale, puisque ma relation avec mon Maître n’est pas une relation domestique et que nous n’avons pas loisir de partager ensemble nos nuits et jours, physiquement, au quotidien. Mais encore une fois, vivre dans la réalité exige parfois de lâcher prise sur certains fantasmes, pour que l’expérience vécue soit viable et durable.  Il va sans dire que l’accompagnement de mon Maître dans cette réflexion a été important et m’a aidée à entendre raison, lui pour qui il était naturel et logique que nous nous arrangions ainsi.  Ainsi avons-nous trouvé une entente qui nous semble équitable pour tout le monde, et j’ai depuis le moment où cette réflexion a eu lieu trouvé une amoureuse remarquable qui respecte mon besoin de soumission et me chérit dans toute ma complexité. Elle et mon Maître ont d’ailleurs fait connaissance et se respectent mutuellement, il nous arrive d’ailleurs de partager certains moments amicaux tous ensemble.

Et vous, quelle sera votre zone d’équilibre ? Vous êtes réciproquement responsables des termes contractuels, si je puis dire, sur lesquelles repose le fondement même de votre relation. Ne sous-estimez pas votre rôle à cette étape cruciale. La confiance est un ingrédient indispensable à la progression du lien qui vous unit et à l’érection de cette symbiose absolument renversante qui se produira à terme. Nulle place pour les non-dits et la trahison par omission dans ce parcours : votre lien n’y survivrait pas. 

En un mot comme en mille : se connaître soi-même, savoir nommer, et partager le fruit de cette maturité à soi avec celui ou celle qui nous verra bientôt sans masque aucun. Voilà la seule recette pour des relations BDSM épanouies, qu’elles soient uniques ou plurielles.