mardi 30 août 2016

Naître esclave et polyamoureuse

J’ai présenté la semaine passée quelques définitions permettant d’y voir un peu plus clair et de comprendre ce qui se cache derrière les lettres BDSM. Je vous ai confié à cette occasion être fondamentalement soumise, et plus encore, me considérer désormais esclave. Voilà un autre mot qui entraine souvent beaucoup de discordes et de confusion, autant entre les pratiquants bdsm eux-mêmes que chez ceux qui les observent. Pourquoi ne pas me contenter de me qualifier de soumise, pourquoi provoquer en ajoutant la notion d’esclave ? 

Parce que je le sens. Parce que je le suis. Parce que j’en suis fière. 

D’abord, laissez-moi préciser ce qui normalement ne devrait même pas avoir à l’être : l’esclavagisme historique est une horreur sans nom, n’a rien d’amusant et encore moins de fantasmagorique dans sa réalité vraie. Être esclave dans le cas qui nous intéresse n’est rien d’autre qu’un terme qui doit être accueilli dans son contexte fondamental : celui d’un consentement initial puissant qui en cache en réalité mille autres, sans qu’ils soient explicitement réitérés. La définition que je colle à une esclave m’est personnelle ; je pense qu’elle pourrait rejoindre bien des gens, mais d’autres ne seraient pas d’accord. C’est parfait ainsi, il y a autant d’esclaves et de Maîtres que d’étoiles dans le ciel ! 

Pour moi être esclave consiste avant tout à avoir renoncé à imposer des limites de quelques natures qu’elles soient. Pas de checklist, pas de safeword, pas d’exigences, juste la confiance. Juste se remettre. Le fait que les esclaves n'imposent pas de limites ne veut pas dire pour autant qu'elles n'en portent pas dans leurs chairs et dans leurs âmes. Seulement, la relation avec leur Maître est tellement forte et la confiance incommensurable, qu'elles savent que celui-ci connaît tous ces pourtours, et en jouera de manière à préserver l'intégrité physique et psychologique de son esclave. Elle lui laisse le soin de gérer ses limites, ses fragilités, ses zones d'ombres. 

Il s’agit également d’un état dans lequel je reconnais que ma soumission à mon Maître n’est pas une lubie ou un plus, du piquant dans ma vie sexuelle : c’est un besoin, comme l’est boire, manger, respirer. J’ai très longtemps lutté contre cette idée de besoin réel, qui malheureusement est souvent mal perçue. J’étais épanouie dans ma soumission et dans ma sexualité hors normes en général, mais j’avais besoin de me présenter à moi-même celle-ci comme un choix : dit autrement, je conservais ainsi le dernier bastion d’un contrôle sur lequel je ne savais pas encore totalement lâcher prise. Je croyais que j’étais en mesure de me passer de ce style de vie, bien que je ne le souhaitais pas. La réalité de ma condition et de mon besoin a frappé durement il y a environ trois ans de cela. C’est à cet instant bien précis que je suis née esclave et c'est également au même moment que j’ai formellement pris conscience que j’étais polyamoureuse, ce que je n’ai jamais pu ni eu envie de taire par la suite. 

Cet état a mis 12 ans à murir en moi. 

Ainsi donc, il y a quelques années, j’ai commencé à fréquenter un homme vanille – nom que l’on donne souvent à ceux qui ne pratiquent pas le BDSM – et monogame de surcroit. À cette époque, je recherchais encore un modèle central de relation « typique » qui me permettrait de cohabiter et de fonder une famille. Je voulais bien sûr que cette relation soit ouverte – toutes mes relations l’ont toujours été. Présentant le tout à mon nouveau compagnon, je me suis butée à des heures de conversations sur qu’est-ce que cachait selon lui ce désir d’ouverture, sur la peur de l’engagement et sur d’autres raccourcis difficiles à accueillir et à réfuter face à qui n’écoute pas. Malgré tout, le fait de ne pas pouvoir avoir une relation traditionnelle avec mon Maître (dans son articulation, non pas dans sa nature) ni envisager de fonder une famille avec lui me pesait, et je sentais qu’il me fallait veiller à développer une relation qui m’offrirait ces choses-là. Lui avait sa famille et ses enfants, et jamais je n’ai songé à me poser en concurrente face à son autre partenaire ou à espérer sa chute. Au contraire, je l’aidais toujours du mieux que je le pouvais à travailler sur sa relation. Bref, ma nouvelle relation devenait sérieuse, mais mon amoureux refusait complètement l’idée de l’ouverture. Comme plus d’une polyamoureuse l’a certainement fait à un moment où une autre de sa vie, j’ai donc choisi…

J’ai quitté mon Maître. 

Et j’ai aussitôt regretté. Et j’ai pleuré, pleuré, pleuré toutes les larmes de mon corps. Mon Maître comprenait la situation dans laquelle j’étais et n’a pas tenté de saboter ma nouvelle relation, il a accepté mon choix, bien que ceci lui brisât le cœur comme à moi. Nous sommes restés en relation néanmoins et nous nous fréquentions amicalement. La tension sexuelle entre nous grimpait à chaque moment que nous partagions, nous sachant contraints à la chasteté. Si bien qu’un soir où nous n’étions pas seuls, nous avons créé diversion en chaussant nos souliers de course pour un petit jogging… Celui-ci nous entraina près d’une école primaire, là où je le suppliai de me reprendre, de me prendre, de m’user, de me traiter comme je le méritais… Je n’eus pas à la répéter 2 fois. Il me posséda rapidement, violemment, sans préparation aucune, à même le sol et la froidure de novembre, dans la pénombre de ce quartier bourgeois. Ce moment a été d’une puissance inouïe. Il va sans dire que je mis plusieurs mois à complètement récupérer sa confiance – je l’avais trahi – et la probation fut rude. Néanmoins, ce moment est sans doute l’un des plus fondateurs de mon cheminement comme soumise et polyamoureuse. 

Aujourd’hui, plus personne ne me fera choisir entre deux amours, ni dévaloriser l’une de mes relations sous prétexte qu’elle ne s’articule pas d’une manière convenue. Aussi, je ne ressens plus de distinction entre aimer plus, moins, comme une amoureuse ou comme une soumise ou comme…

J’aime comme une femme. J’aime comme une soumise. Je suis femme et esclave et j’aime au pluriel. 

En guise de conclusion, je vous partage un échange intervenu à la suite de ce moment charnière avec mon Maître. Ce sont des mots très intimes et je compte sur vous pour les contextualiser comme il se doit. N'oubliez pas qu'une telle correspondance s'inscrit dans le cadre d'une relation suivie à long terme et sécurisante, dans laquelle existait un amour et un respect réciproque profond, au delà de toutes apparences. Ne soyez pas trop choqués, donc, et voyez au-delà le cheminement et les paramètres qui ont fait émerger le prochain partage. Il ne s'agit d'ailleurs pas DU TOUT d'un message représentatif de l'ensemble de notre dynamique. Il s'agit ni plus ni moins de la photo d'un moment X où ayant eu très peur de perdre mon Maître et me sentant extrêmement coupable, j'ai eu besoin de l'exprimer viscéralement. Tous ces avertissements ayant été livrés, je vous souhaite une bonne lecture, fidèles lectrices et lecteurs ! 

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Bonsoir Monsieur, 

La tâche est lourde, les mots se bousculent, mais je crois qu'il est de mise que ce message soit exempt de mots superflus, et sache aller au vif, très vif du sujet, comme vous l’appréciez. Voici donc mon message pour vous. 

1. Ce que je suis : 
  • Une moins que rien, et déserteuse, qui doit être traitée comme telle. 
  • Ni femme, ni même chienne : un objet, au service de Votre Plaisir. Quelque en prenne la forme. 
  • Des trous à user. Un corps à souiller. Comme bon cela vous semblera. Sans nulle autre fin que votre contentement. 
2. Quelles sont les raisons qui m'amènent à vouloir que vous me repreniez :
  • Mon asservissement et ma soumission sont un puissant besoin que je ne sais combler seule.
  • Vous Seul m'avez accueillie ainsi, et Avez fait jaillir la lumière de ce besoin dévorant.
  • Avant Vous, j'étais perdue. Je me sens défaillir lorsque je crains de Vous perdre. Même par mon fait. 
  • Je ne suis pas digne de Vous, mais j'implore d'avoir la chance de me consacrer nuit et jour, corps et âme, à le devenir. 
3. Quelles sont les leçons tirées : 

A - Les apprentissages généraux
  •  Les décisions précipitées détruisent tout et sont hautement toxiques.
  •  Elles me font souffrir, perdre mes repères et sombrer dans le chaos.
  •  Ce chaos entraine dans son sillage la privation des personnes qui ne veillent pourtant qu'à mon  bien : Vous Monsieur, dans ce cas précis.
B - Les apprentissages relatifs à la soumission
  • Une soumise digne de ce nom est cohérente et constante.
  • Le titre de soumise se mérite, et emporte des responsabilités : obéissance, dévouement, rigueur, abnégation et fidélité. 
  • Les soumises qui tournent le dos à leur Maître perdent tout, à commencer par leur titre.
  • Mon salut réside dans l'accueil inconditionnel de votre courroux, dans la pénitence, et la patience. 
Qu'est-ce que je veux à l'avenir : 
  • Ne plus jamais oublier ma condition et les responsabilités dont elle est greffée.
  • Ne plus jamais vous tourner le dos, en chienne de ruelle ingrate, ni mordre Votre main qui me nourrit. 
  • Ne plus jamais oublier que ce besoin est plus grand que moi, et que Vous êtes la clé pour éviter que sa puissance ne me dévaste et me dévore.
  • Payer mon offense, par une rééducation très sévère et sans compromis. 
En espérant le tout à votre convenance, je vous prie d'accepter mes bien basses salutations, Monsieur.

2 commentaires:

  1. Réponses
    1. C'est un grand plaisir de pouvoir être accueillie, quelque part, malgré l'apparente dureté des propos. Amour et lumière... ne pas juger le moine à son habit ??? ;-)

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