samedi 11 février 2017

Appartenir en contexte polyamoureux


Le lancement de ce blog et la diffusion à laquelle je me suis livrée de celui-ci a eu un effet bienvenu mais non escompté, quoiqu’il fût sans doute prévisible. Plusieurs d’entre vous, chères lectrices et lecteurs, êtes venu.e.s m’aborder en privé et me raconter vos histoires, votre fascination, vos explorations ou encore vos balbutiements dans ce sentier pour lequel il n’existe pas d’indications claires et universelles. Parmi les interrogations que vous m’avez le plus souvent adressées se trouve celle-ci : comment marier BDSM, soumission et polyamour ? 

Bien que la question se pose qu’importe la position que l’on occupe dans une dynamique BDSM, je pense que celle-ci est sans doute d’autant plus pertinente pour les soumis et les soumises qui peuvent faire office, à tout le moins dans l’imaginaire collectif, de propriété à usage exclusif. D’après mon expérience et les moult conversations que j’ai eues tout au long de mes quinze années d’expérience, j’ai effectivement constaté que plusieurs dominants et dominantes veulent exercer un ou des privilèges. L’érotisation de la chosification peut également entraîner un rapport de possédeur.e possédé.e.

Comment donc éviter ce piège lorsque nous sommes à la recherche d’un Maître ou d’une Maîtresse pour découvrir les sentiers clairs obscurs du monde BDSM ? D’abord par une transparence viscérale. Une personne soumise n’a pas de secrets pour celui ou celle qui la dominera, et il est bien d’embrasser ce ton dès l’aurore de la relation ou des échanges qui lui sont préalables. À la fois par expérience et par éducation, je conseille d’être d’une authenticité sans faille dès les prémisses de la relation, ce qui ne veut pas dire de ne pas exercer son jugement dans la nature des informations transmises – n’allez pas donner votre code bancaire au premier venu ! En adoptant cette attitude en face de son aspirant.e partenaire, vous lui envoyez le message que vous ne jouez pas de jeu avec lui ou elle et que vous êtes disposé.e à l’outiller pour qu’il soit à même de grandir dans sa nature dominante. Vous vous assurez également de ne pas camoufler d’informations ou de besoins qui tôt ou tard émergeraient, faute d’être entendus ou comblés, nuiraient à votre épanouissement réciproque. En communiquant avec votre aspirant de la même façon – et peut-être même davantage – que vous le faites avec tous vos partenaires, vous obtiendrez rapidement une rétroaction de sa part qui vous aiguillera dans vos compatibilités. 

Peut-être était-il un dominant mono par défaut, par le même procédé social construit mononormatif qui affecte de nombreuses relations. Peut-être demeurera-t-il monogame, ou peut-être pourrez-vous trouver des arrangements qui satisfont à la fois un désir d’exclusivité et de liberté relationnelle. Par exemple, certains peuvent se sentir confortables que leur partenaire aient d’autres amoureux.ses ou amant.e.s mais souhaitent être les seuls avec qui se produit une dynamique d’échange de pouvoir. Peut-être plus simplement sera-t-il directement compréhensif et accueillant, pratiquant lui-même des relations non-monogames et n’exigera aucune forme d’exclusivité. 

La solution s’est mise en place naturellement avec mon Maître. Il conserve tous les droits sur mon corps, sur mes jouissances, et sur mes masturbations en sa présence ou non. Ce qui relève de la sexualité avec mon amoureuse m’appartient cependant totalement. Dit autrement, Maître était le premier à trouver qu’il était sain que ses droits soient limités là où ils pouvaient mettre en péril mon épanouissement ou celle de mes partenaires dans une relation amoureuse externe. Je mentirais si je disais que de ma perspective, cette réflexion et son issue allaient de soi. Que ma sexualité et toutes ses manifestations lui soient entièrement réservées était un idéal puissant, un désir profond, de ceux que j’aurais tant souhaité matérialiser. La soumise que je suis éprouvait beaucoup de difficulté à départager le désir profond d’appartenir en exclusivité à mon Maître, et le besoin de femme qui m’habitait d’équilibrer ma vie sentimentale, puisque ma relation avec mon Maître n’est pas une relation domestique et que nous n’avons pas loisir de partager ensemble nos nuits et jours, physiquement, au quotidien. Mais encore une fois, vivre dans la réalité exige parfois de lâcher prise sur certains fantasmes, pour que l’expérience vécue soit viable et durable.  Il va sans dire que l’accompagnement de mon Maître dans cette réflexion a été important et m’a aidée à entendre raison, lui pour qui il était naturel et logique que nous nous arrangions ainsi.  Ainsi avons-nous trouvé une entente qui nous semble équitable pour tout le monde, et j’ai depuis le moment où cette réflexion a eu lieu trouvé une amoureuse remarquable qui respecte mon besoin de soumission et me chérit dans toute ma complexité. Elle et mon Maître ont d’ailleurs fait connaissance et se respectent mutuellement, il nous arrive d’ailleurs de partager certains moments amicaux tous ensemble.

Et vous, quelle sera votre zone d’équilibre ? Vous êtes réciproquement responsables des termes contractuels, si je puis dire, sur lesquelles repose le fondement même de votre relation. Ne sous-estimez pas votre rôle à cette étape cruciale. La confiance est un ingrédient indispensable à la progression du lien qui vous unit et à l’érection de cette symbiose absolument renversante qui se produira à terme. Nulle place pour les non-dits et la trahison par omission dans ce parcours : votre lien n’y survivrait pas. 

En un mot comme en mille : se connaître soi-même, savoir nommer, et partager le fruit de cette maturité à soi avec celui ou celle qui nous verra bientôt sans masque aucun. Voilà la seule recette pour des relations BDSM épanouies, qu’elles soient uniques ou plurielles.  




3 commentaires:

  1. Bonjour Thamara,
    c'est toujours un plaisir de vous lire... A tel point que J'ai parler de vous dans deux de mes post récents :
    http://etresoimemesm.com/sans-reflechir/
    http://etresoimemesm.com/les-soumises-industrielles-jai-comme-un-doute/

    Au plaisir de vous lire

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  2. C'est un plaisir de vous suivre dans la clarté de ce cheminement et vécu intense,remarquable,rigoureux,lumineux, où se rejoignent certaines de mes aspirations.
    Athanaor

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    1. Merci Athanaor, au plaisir d'échanger à nouveau avec toi en ces lieux !

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