mercredi 21 juin 2017

6 semaines

La séance prévue ce soir était punitive. Dans le monde de soumission et domination dans lequel j’évolue, certains moments partagés sont strictement punitifs. Durs, justes, et punitifs. J’entends par là que malgré mon bon vouloir, j’ai adopté un très mauvais comportement dont la nature concerne une dimension de ma vie pour laquelle j’ai demandé à mon Maître d’exercer du contrôle. 

La correction, c’est des tapes d’une intensité parfaitement mesurée pour que la douleur se mêle jusqu’à s’y méprendre au plaisir. La correction, c’est lorsque coquine et joueuse, je montre à mon Maître un nouveau joujou que j’ai acheté et qui lui permettra de me tourmenter. C’est également lorsque je me scrute fièrement devant un miroir, en espérant voir apparaître des souvenirs de ce moment précieux, ou en souhaitant que celles qui s’y trouvent restent longtemps. 

La punition, ça fait mal. Ça fait mal dedans, ça fait mal dehors. Dedans, parce que petite soumise sait qu’elle a fauté, qu’elle a réellement déçu son Maître, quelle a fait déshonneur à son éducation et qu’ainsi, elle a fait du tort autant à Lui qu’à elle, qu’à la relation. La punition ne se termine pas par un orgasme. Elle se termine par la punition. La punition n’a que faire que cette zone-ci ou que celle-là soit plus sensible, trop sensible. La punition n’entend pas les larmes, l’imploration, la contrition. La punition est dure, juste, et punitive. Ni plus, ni moins. 

J’ai suggéré moi-même de restreindre mes mouvements à l’aide de barres pour les jambes et pour les bras. Moins de mouvements, plus de sécurité, moins d’échappatoires. Pas parce que ça fait mouiller la chatte, la restriction de mouvements. Ça fait mouiller la chatte, certes. Mais ici ce n’est pas le but recherché. C’est au plus un dommage collatéral sur lequel je n’ai pas de contrôle. Je me suis restreinte moi-même, après l’avoir suggéré à Maître. C’était une façon pour moi de participer à ma punition. Il ne lui resterait qu’à me l’administrer. 

J’aurais dû m’assouplir le petit trou. J’ai la permission. J’hésite toujours néanmoins, parce que j’aime la morsure d’une sodomie brutale. Mais cette fois, j’aurais dû l’assouplir. J’ai crié. Beaucoup. Fort. Je ne crie pas normalement, je n’ai pas le droit, et j’ai appris à relativement bien me maîtriser. Pas cette fois. J’ai crié. J’ai hyper ventilé. J’ai pensé que j’allais perdre connaissance. Ç’a duré longtemps, la morsure. On aurait dit qu’il y avait du venin. 

J’ai été punie pour ne pas avoir fait le suivi de mes finances pendant six semaines, me causant des difficultés financières qui m’ont généré des crises d’anxiété. Les finances sont mon talon d’Achille. Après 5 ans de relation, cet automne, j’ai finalement demandé à Maître de m’aider à cet égard. La séance qui s’en était suivie avait été dure. Avec promesse que la suivante à ce sujet serait sans merci, si dérive il y avait. Il avait dit juste. 

La punition s’est déroulée en 6 actes, pour six semaines de dérive. Une semaine comportant sept jours, chaque jour me valait 10 coups. Sur la plante des pieds par exemple, avec une fine badine. Ou sur les mamelons, avec le bout dur de la cravache. Le tout entrecoupé par la voix de mon Maître : « la punition est grave et sévère, à l’image de la faute, vous le savez ça n’est-ce pas chienne ? Mordez dans l’oreiller. Voilà, vous voyez quand vous voulez. Ça achève. Comme cela, c’est bien, il n’en reste plus pour très longtemps. Plus que deux semaines. ». 

Six semaines. 6 x 7 x 10. Enfin, presque. Le septième jour, c’était repos. J’avais la permission d’engloutir son sexe, 10 fois. Bien compter. Du repos. 10 fois. Pas davantage. La sodomie également, plus tard, quand mon anus se fut remis de son assaut d’origine. Pour me reposer. Dix coups droits au plus profond de mes entrailles. Loin. Fort. Que je sentais jusque dans mon bas ventre. Oui, ça me reposait, me permettait de reprendre mon souffle. 

Êtes-vous toujours là ? Avez-vous déjà été puni.e.s ? Êtes-vous horrifié.e.s ? Êtes-vous mouillé.e.s ? Bandé.e.s ? Stupéfait.e.s ? 

J’avais hâte d’être punie. J’ai toujours hâte d’être punie. J’aurai encore hâte d’être punie. Pas comme dans ihhhhhhh hourra, une punition ! Oh non, que non. C’est une fébrilité calme, positivement résignée. Lucide. Je chéris ces moments comme les autres, parce qu’ils ont une résonnance particulière. Ils nous rappellent à tous les deux le socle de notre relation. La nature de celle-ci. Là où nous avons consenti à ce qu’elle aille. Ils sont difficiles, mais nécessaires. Fondateurs. Unificateurs. Purificateurs.

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- Vous avez dit ce soir à un moment pendant la séance que nous n’aimiez pas me punir, Maître. En quel sens dites-vous cela ? Parce que cela signifie que j’ai désobéi ? Vous prenez tout de même du plaisir à me punir si cela est juste et nécessaire j’espère Maître ! 

- Il y a corriger et punir. Là, c’était une vraie punition. 

- Cela ne vous excite pas de le faire, lorsque c’est mérité ? Vous vous contraignez à le faire par devoir ? Si c’est le cas, ma faute est double en fait, parce que non seulement j’ai désobéi, mais en plus je fais obstacle à votre plaisir ! 

- Je le fais par devoir avant tout. Je n’ai pas envie de vous blesser, or c’est dans les vraies punitions que les risques que cela se produise augmentent. 

- Je comprends votre préoccupation, mais avec retenue et discernement, ne pensez-vous pas qu’éviter les blessures soit tout à fait possible ? Même lorsqu’il s’agit d’une vraie punition, ma sécurité physique passe toujours avant tout le reste. 

- Évidemment 

- Peut-être alors que votre plaisir est affecté parce que votre vigilance est à son plus haut niveau? 

- Le plaisir est limité par le fait de punir pour punir. Ce n’est jamais une partie de plaisir pour un Maître de punir, mais un acte nécessaire. 

- Dans le sens que vous préférez me donner du plaisir, quand je le mérite ? 

- Mais bien sûr. Punir par jeu est plus agréable. Punir parce qu’il le faut n’est agréable pour aucun Maître digne de ce nom. Outre des blessures possibles, un Maître préférera toujours récompenser que punir, sauf s’il est réellement sadique et qu’il tape pour taper. 

- Je ne savais pas, je croyais que cela satisfaisait la partie sadique du Maître, justement.

-On peut l’être par jeu oui, c’est certain, et c’est différent. 

- Dans le fond, c’est pareil que moi qui ne prends pas vraiment de plaisir par la douleur aux réelles punitions ; je prends du plaisir, mais il se situe ailleurs, contrairement à la douleur masochiste que je reçois par jeu, qui elle est jouissive. 

- Une soumise pour un Maître est un investissement. Je ne connais personne qui aime prendre le risque de briser son investissement ou de le mettre à mal. Du moins, c’est ainsi que j’ai appris. Sois ferme, dur, mais juste. Après bien sûr, je ne dis pas qu’il n’y a pas des Maîtres qui tapent pour taper, il y en a bien sûr. Mais ce n’est pas ainsi que j’exerce ma domination. 

- Merci Maître, j’ai appris quelque chose d’important ce soir, je vais me souvenir. 

- Quoi donc ? 

- Que vous ne prenez pas de plaisir à me punir. Que vous le faites par responsabilité. Je l’apprécie donc d’autant plus, parce que cela demeure important et nécessaire. Mais aussi, ça m’incitera à faire encore plus attention, même si je ne cherche jamais sciemment à être punie. Je ne savais pas que de devoir me punir ici nuisait à votre plaisir, alors que l’on est tous les deux d’accord pour que celui-ci soit prioritaire. Je prends mon plaisir en vous offrant le vôtre. 

- La frontière est fine entre voir une soumise comme un investissement ou réellement voir celle-ci comme un objet. Il faut toujours faire attention de ne pas la perdre de vue. 


- Merci Maître de m’enseigner. Merci de me punir. Merci de me corriger. Merci d’être mon allié. 




3 commentaires:

  1. Bonjour, Je suis surprise par ce nouvel article. Comment conciliez-vous punition et bouddhisme donc bienveillance envers vous-même ? Je veux dire que lorsqu'on fait une erreur, souvent c'est qu'on a un besoin non nourri, une fois le besoin identifié , et une solution trouvée pour le nourrir sans nuire aux besoins de son Maitre, le problème se règle de lui-même. Pourquoi y rajouter une punition ? Et puis la bienveillance envers soi-même c'est aussi s'autoriser à ne pas être parfait, à faire des erreurs, à avoir besoin de temps pour modifier certains comportements....là encore en quoi n'est-ce pas suffisant de se dire "tiens j'ai fait une erreur, il me faudra travailler là-dessus petit à petit"?
    Au plaisir d'en discuter,
    Lea(toujours la même, sourire )

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    1. Bonjour Léa ! Je te remercie pour cette question qui me porte à l'introspection ! Pour moi, la punition sert définitivement à nourrir et enrichir la relation BDSM avec mon Maître, avant tout, mais n'est pas du tout inconciliable avec le bouddhisme. Quand j'ai lu ta question, j'ai tout de suite songé à des enseignements pour faire grandir un amour bienveillant pour tous les êtres que j'ai étudié il y a quelques temps, dans lesquels il était dit de toujours être à l'affut de ses défauts et de se considérer inférieur à tous les êtres, et inversement de ne jamais concentrer notre attention sur les défauts des autres, mais plutôt les considérer parfaits. Quelques explications s'imposent parce que ces mots peuvent paraître durs et inconcevables sans le contexte adéquat ! Bien sûr, dans le bouddhisme, se considérer inférieur à tous les êtres ne veut pas dire de cultiver envers soi le dénigrement, mais plutôt de cultiver l'humilité en étant déterminé à continuellement travailler sur ses propres défauts. Inversement, considérer tous les autres êtres sensibles comme des êtres parfaits permets de faire grandir notre compassion et bienveillance envers eux, tout en se rappelant que tous les autres êtres peuvent être des guides spirituels, parce que leurs attitudes nous permettent de travailler des vertus nous faisant cheminer sur la voie de l'illumination (par exemple, la patience contre la colère, la générosité, l'éthique, la persévérance et l'effort, la sagesse / vision claire). Lorsque nous travaillons sur nos propres défauts, il faut bien sûr le faire dans une optique d'efforts joyeux. Donc l'auto compassion et l'indulgence n'est pas du tout incompatible ici ; reconnaître ses défauts est un acte d'analyse pure et de clairvoyance ; y adjoindre des perturbations mentales corrosives par exemple en se disant que nous ne sommes bonne à rien, ou trop ceci ou cela, ou que cela n'aura jamais du se produire, est une autre opération de l'esprit qui n'est pas du tout obligatoire. Il vaut nettement mieux l'éviter au contraire, comme tu le sais. En somme, lorsque j'agis mal et que je sais mériter une punition, j'accueille les conséquences dans un esprit calme et joyeux. Je me sers de la punition pour apprendre, pratiquer l'humilité et grandir. Je ne me rabaisse pas et je ne m'exige pas d'être parfaite ; je suis imparfaite, je l'accepte et je fais de mon mieux, et il y aura des punitions malgré tout, par moment. Le but n'est pas de faire en sorte qu'il n'y en ait pas, même si on souhaite évidemment qu'elles se produisent le moins souvent possible. Ultimement, le but est plutôt de reconnaître que le mauvais comportement peut advenir, et dans ce cas, accepter la punition avec bon coeur et sérénité, en respect pour le rapport contractuel, pour ainsi dire, que nous avons établit avec mon Maître. En un mot comme en plusieurs, accepter la nature des choses telle qu'elle est, dans une attitude d'humilité et d'effort joyeux :) La punition ne devient pas ainsi un acte de violence envers soi-même, mais une occasion d'introspection et d'apprentissage. Est-ce que j'ai bien répondu ? Laisse moi savoir ce que tu en penses et merci pour cette superbe question :) Puisses tu être continuellement heureuse <3

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  2. Bonjour Thamara,
    Merci pour cette réponse très détaillée. C'est parfait car c'était votre vision/conception qui m'intéressait pour mieux la comprendre et c'est très clair :).
    Je pense que nos enseignements bouddhistes diffèrent (peut être une vision plus japonaise de votre côté? ) mais du coup je trouve ça très intéressant car cela m'offre un autre point de vue.
    Cette idée de considérer les autres comme parfaits et soi-même inférieur est un peu en contradiction avec l'enseignement que je suis. Mais du coup c'est un point de vue enrichissant. Et surtout cela me porte à réfléchir car, dans mes temps d'esclavage c'est la vision du monde que j'adopte, instinctivement. Du coup cela résonne pas mal en moi :)

    De mon côté, la punition a perdu tout sens, pour moi, disons que je n'en ressens plus du tout le besoin , contrairement à mes débuts. Comme je le disais je raisonne plutôt en termes de besoins maintenant. En revanche mon Maitre tient à la conserver dans notre Lien, donc nous fonctionnons toujours avec des punitions. Du coup je l'accepte parce que cela fait sens pour Lui :)
    Une belle soirée,
    Lea

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