samedi 21 avril 2018

De volts et d'éclairs

Il est arrivé comme à son habitude, désinvolte, souriant, avec son look de play boy mature et décontracté, irrésistible. 

Si irrésistible. Ne me demande pas. Prends moi. Fais de moi ce que bon te plaira. Tu ne le sais pas, pas encore à ce moment précis, mais je suis déjà à toi. 

Il avait pris soin d'amener des croissants pour toute la maisonnée. J'ai la chance inouïe de vivre dans un monde ouvert, si libre. Un monde dans lequel mon nouveau partenaire offre des croissants à ma femme pendant que je suis vautrée à ses pieds, pendant que ma tête se repose doucement sur son intimité, tour à tour chatte, chienne, pute, coquine, gamine. Joueuse. Complice. Incroyablement complice. La discussion prit place longtemps, entre un éclat de rire, un sourire excité, un regard affolé, un sein pointé. J'aimais cet homme, déjà. Il le savait, je le savais, mais nous ne le disions pas. C'était encore trop tôt, trop effrayant.  

"Non, non, ne jure pas. Bien que tu sois ma joie, ce serment cette nuit ne m'en apporte aucune. C'est trop impétueux, irréfléchi, soudain. Trop semblable à l'éclair, qui a cessé d'être avant qu'on puisse dire : il brille ! Ma chère âme, bonne nuit. Ce bourgeon de l'amour, s'il mûrit dans la brise d'été, sera peut-être une splendide fleur à notre prochaine rencontre*" 

Peu familier avec le polyamour, il ne comprenait pas encore tout à fait à quoi rimaient ces sentiments à peine voilés. Je l'aimais comme ; je respire, tu allumes le feu dans mes yeux, tu m'ensorcelles, tu pimentes ma vie. Je l'aimais comme ; je vis. L'amour n'est pas dangereux. L'amour ne signifie pas quitte tout pour moi, épouse-moi, fondons une famille. L'amour ne signifie pas qu'il doive n'y avoir que moi. L'amour ne signifie même pas sois aussi fou de moi que je le suis de toi ; mais tu le seras. 

Ainsi donc nous parlâmes longtemps. Jusqu'à ce qu'enfin les mots devinrent superflus. J'eus la permission de me coucher sur ses cuisses. J'y étais si bien, en sécurité, me délectant de ses mains caressant mon crâne. Il sait magnifiquement bien caresser les petites bêtes. Mieux que quiconque que j'eus rencontré à présent, dois-je confesser. Ainsi lovée et à demeure, je ne pus qu'être reconnaissance et gratitude lorsque je le vis défaire sa ceinture, puis dégrafer son pantalon. C'est ainsi que j'obtins la permission de me poser sur son pénis. J'accueillis sagement ce privilège, émerveillée. J'eus bientôt la permission de l'embrasser, mais sans plus. Je le couvris de baisers, délicatement, sur toute la longueur de sa magnifique verge, sur le gland, au-dessus et au-devant, par dessous et jusqu'au bout. Bien sûr, bien sûr, il m'empoigna les cheveux, le crâne, et me fit valser à son bon désir. Dictant le rythme, la pression, le mouvement. Dictant son chant. Et son chant était doux. Dur, ferme, décidé, mais doux. Doux comme l'odeur de l'herbe chargée d'humidité avant l'orage. 

Après quelque temps de ce manège, il me dirigea à sa suite jusqu'à la chambre, me trainant par les cheveux. Il tirait bien plus surement qu'il ne l'avait jamais fait, lui qui pourtant n'avait eu jusqu'ici que poigne solide. Il était si bon de ne pas prétendre. Je n'avais pas à le suivre de manière semi-incarnée parce que l'on empoignait semi-fermement ma tignasse ; j'avançais rapidement et surement parce que j'étais littéralement trainée par les cheveux. Oui, tout mon corps n'avait d'autre choix que de suivre sa valse, poupée désarticulée par le mouvement parfaitement orchestré de qui savait mener. Installés dans la chambre, lui confortablement assis, moi au plancher : 

- Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire de toi...

J'ai répondu que je ne le savais pas, évidemment. Et je ne voulais pas le savoir. Je ne voulais pas dicter. Je voulais accueillir, cueillir, offrir, abdiquer. Mourir plutôt que de décider. 

Il me demanda d'aller chercher le stick électrique. Il s'agit d'un outil impressionnant permettant de donner des décharges ciblées relativement puissantes de type électricité statique. L'objet était terrifiant, offrait un visuel spectaculaire, et me laissait toujours rompue de peur, de désir et de douce décharge hormonale envoutante. J'hésitai entre aller le récupérer à quatre pattes ou debout. Je vins pour me mettre debout, étrange réflexe de débutante, et je me fis tout de suite remettre à ma place. 

- Qui t'a demandé de te mettre sur tes deux pieds ? 

- Je, je, je ne savais pas si...

- Il va falloir apprendre. 

Quatre très fortes claques tombèrent immédiatement sur mon cul. Des tapes puissantes, maîtrisées, éducatives. Des tapes qui m'apprirent, oui, à user de jugement. En quête de l'objet qu'il m'avait demandé de lui apporter, c'est naturellement que je mis ce dernier dans ma gueule, pour lui offrir. Alors que j'ouvris celle-ci pour le laisser tomber dans sa main, il écarta celle-ci et le stick se fracassa au sol. Le sourire du gentil démon me faisant face me fit respirer fort, dans l'attente de la suite. 

À genoux à ses pieds, il sortir l'un de mes seins des vêtements dans lesquels ils reposaient toujours, pour essayer le singulier outil à sa disposition. L'éclair retentit. C'était bon, troublant, mordant. Il voulut rapidement répéter le forfait dans des conditions plus avantageuses. Il me repoussa du pied pour que je m'allonge par terre. Je gigotais et ricanais, déjà confortablement installée dans les doux limbes de ma soumission magnifiante, lorsqu'une puissante gifle - les seules qu'il sache donner - me réveilla de mes errances. 

- On va être sérieux un peu là. 

Sérieuse, je le fus. J'adoptai ce comportement que Novembre m'avait enseigné, toutes ses années. Disposée, accueillante, silencieuse, immobile : une parfaite docilité, dans une parfaite joie tranquille incommensurable de m'offrir ainsi. Ainsi, il fit tomber les décharges électriques tout au bout de mes mamelons si sensibles, à plusieurs reprises, encore et encore. Sensation envoutante s'il en est une, je flottais déjà dans cet ici et maintenant déconnecté de la réalité, dans ce repos exempt de toute la pression de cette vie moderne, épuisante et impitoyable. Oui, j'étais bien, bien loin, et à la fois toute là, lorsqu'il me fit écarter les jambes. 

J'avais eu cette fois l'initiative de ne pas mettre de sous-vêtements, pour qu'il eût le loisir de profiter pleinement du spectacle ainsi offert par mon intimité inondée. Je le vis défaire sa ceinture, plier celle-ci en deux. Comme il était beau, de toute sa hauteur. Comment décrire la joie incommensurable que m'offre la vision d'un homme me surplombant, m'observant, là, par terre, repue dans mon état de nature. Les coups tombèrent, meurtrissant la délicatesse de mes chairs si rarement maltraitées, à cet endroit bien précis. L'intérieur de mes cuisses ainsi sous ses assauts me fit me tortiller, légèrement, mais pas trop. Je ne refermai pas les cuisses. Il aurait été inacceptable que je le fasse. L'éducation que j'avais reçue ces 6 dernières années avec Novembre ne me permettait pas pareil manquement, ou du moins, ne me permettait pas de ne pas faire tous les efforts possibles pour demeurer immobile. Ses coups étaient forts, si forts. Pour une raison qui m'est toujours mystérieuse, ils ne sont jamais cependant trop forts, alors pourtant que je sais normalement tolérer bien moins de douleur que ce que je lui offre, à lui. C'était sa magie. Avec lui, j'étais une nouvelle soumise. La sienne, lors de ces moments partagés. Je me découvrais chatoyante sous ses couleurs, me fondant à son style, et j'aimais ce que j'observais en moi. Pour lui. 

Après m'avoir ainsi dument frappée, il me caressa du bout des doigts, très, très superficiellement. C'était le toucher d'un ange, après la fougue du démon. Il toucha aussi à cette occasion à ma chatte, pour la toute première fois. À peine. Il l'effleura était plus juste. 

Il l'effleura. Enfin, il l'effleura. 

Alors qu'il s'était reculé et installé sur la causeuse, me regardant me prélasser de toutes les largesses dont j'avais été l'objet, il me rappela à lui. Je restai au sol, bien sûr, et me reposai à nouveau tête déposée sur ses cuisses. Il me caressa, encore, je sentis son appréciation, l'accueil de mon offrande. Il me demanda de lui lécher les orteils, ce que je fis avec plus d'assurance encore et d'appétit que la dernière fois. Ce que je fis en disant MERCI du plus fort que je le pus, avec ma bouche, avec ma langue valsant sur ses pieds que j'étais affairée à adorer. Il m'intima de lui remettre ses chaussettes, puis ses bottes. C'était doux, de le servir ainsi, par ces gestes simples, non moins significatifs et si intimes. 

Renard s'en fut sous le soleil de midi, me laissant là, pure énergie. 

You've got a strange effect on me, and I like it
You make my world seem right,
You make my darkness brighter
Oh yes, you've got a strange effect on me, 
And I like it...**


*Shakespear, Roméo et Juliette, scène du balcon 
** Tiré de l'incroyable chanson "This strange effect"


8 commentaires:

  1. Thamara, merci pour ce beau texte qui décrit si bien la déprise de soi du rapport SM, ces moments où le temps disparaît et où tu fusionnes avec l'Autre.

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    1. Et un grand merci pour ce commentaire que vous me laissez ! Lorsqu'on se met à nue par l'écriture, les retours comme les vôtres sont notre salaire. Merci !

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    1. Merci beaucoup, revenez lire par ci par là :)

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  3. Il apparaît à ma sensibilité de lecteur que votre nostalgie de Novembre efface parfois la prestation sans conviction de votre renard. "Il l'effleura. Enfin, il l'effleura."
    Votre description détaillée de ce moment est parfaite. Elle m'a offert la possibilité de me remémorer plusieurs scènes vécues.
    D.

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    1. Prestation sans conviction ? Voilà qui me fait bien sourire lol Ah les perceptions :-) Un écrit ne nous appartient plus, une fois qu'il est livré. Tant mieux si à l'exception des mentions au sujet de Novembre, ce billet vous a permis de voyager dans le récit dans lequel vous êtes le héro ;-)

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    1. La tension narrative, c'est beaucoup, dans un récit. Ou dans une séance ;-) Est-ce l'heure tardive qui me fait plisser les yeux (en souriant) à la lecture de ce commentaire nébuleux ?

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