dimanche 6 mai 2018

Ne bouge pas

Ce soir-là, je m'étais vêtue comme une pute. Dans les innombrables conversation qui habitaient dorénavant mon quotidien, mon Renard avait souvent agité en moi cette représentation à laquelle on ne m'avait pas jusqu'ici confrontée. Depuis toujours, j'avais tenue à faire la différence entre salope et soumise ; je me plaisais à me dire d'abord et avant tout portée par la soumission, mon unique moteur et mon salut. Je constate avec le recul que j'y voyais là une plus noble disposition, je préservais ainsi une partie de mon ego, en offrant une justification raisonnable pour mes propensions à la luxure. Certes, salope, je l'étais, et je le suis toujours. Certes, j'en étais fière. Mais je ne m'estimais pas une grosse pute par nature ; j'étais soumise par nature, et ô combien différent cela m'apparaissait-il ! Par la soumission, tout est possible, tout est acceptable, et rien ne m'est imputable : je n'ai qu'à obéir. Agitant les fondements de mon rapport à ma sexualité, Renard m'amenait sur un terrain vierge et me guidait dans l'accueil de celle-là de nature, en rien incompatible avec celle de la soumise et esclave que je suis, en rien ne nécessitant d'être hiérarchisée par rapport à cette dernière. 

Ce soir-là, j'avais envie de lui montrer que j'étais à même d'embrasser cette dimension de mon être qu'il aimait attiser. Ainsi donc, j'avais revêtu de magnifiques bas, opaques jusqu'au dessus du genou, résilles par la suite, entièrement ouverts au niveau de la chatte et du cul, laissant mes orifices entièrement accessibles sans qu'aucun effort ne soit nécessaire. Avec eux seuls, l'effet était garanti. J'y ajoutai une petite robe bien courte au décolleté plongeant et baveux, reposant entre mes seins nus. Ma tenue épousait à merveille et avec souplesse mes courbes, et offrait le bénéfice incommensurable d'un dos entièrement ouvert, le tissu reposant juste sous le creux du bas du dos, à l'extrême limite de là où il faut. 

Un coup d'oeil à son arrivée suffit à allumer le feu de ses yeux. Cette fois, je ne me fis pas prier et m'installai directement à ses pieds. Je me sentais langoureuse et irrésistible, et il me plaisait de me trémousser, à la fois chatte et chienne en chaleur, déterminée à le rendre fou de désir. Après qu'il se fut gorgé de cette énergie que je disséminais, nous passâmes directement à la chambre à grande force de traction capillaire - nous avions dorénavant nos rituels - pour la suite des choses. C'est sur le lit qu'il me projeta cette fois, alors que la pièce toute entière était plongée dans l'obscurité. Le voir bouger ainsi, ombre menaçante et invitante, m'inquiétait et m'excitait. 

- Reste là, ne bouge pas. 

Il sortit de la pièce quelques minutes, je l'entendais chercher, tandis que j'attendais sagement comme on me l'avait indiqué. Ses pas se rapprochaient doucement, posés, surement. Sourd, le son qu'il émettaient voyageait jusqu'à mes oreilles, habillaient la noirceur incarnée dans laquelle je reposais. Soudain, un bruit court, rapide, intrépide ; 

SHLIK

Ce son que j'entendais pour la première fois, caractéristique, fut immédiatement suivi d'un appui froid, acéré, contre mon visage. Comprenant qu'il s'agissait là d'un couteau, mon corps se tendit immédiatement, accompagnant ma ma respiration qui s'accéléra : j'avais vraiment peur. La lame était fine, parfaitement aiguisée, et sa valse sur ma peau, jusqu'à ma gorge où la pression se fut nettement plus appuyée, me laissa tressaillante d'effroi. L'émotion était vraie, puissante, envahissante, et ce bien que mon cerveau sur me dire, et bien que je le crus, tu es en sécurité, tu as confiance en cet homme. Je respirai profondément pour me calmer et accueillir ce moment que je n'avais pas vu venir, qui était si fort, si intime, et ô combien significatif. 

Nous ne sommes plus des inconnus. Nul danger ne me guette auprès de toi. Même dans ces conditions-là. 

La lame fut rangée, mais non l'émoi, qui avait fait son nid pour de bon. Mon assaillant se redressa, pris quelques minutes pour admirer l'état de douce dissociation dans laquelle je baignais puis, une fois encore, déboucla sa ceinture. 

- Donc mes derniers coups étaient faibles, hum ?

- C'est pas ce que j'ai dit ! 

Il faisait référence à une discussion que nous avions eu sur la portée des coups, sur la douleur et sur le dépassement. Je lui avais indiqué que ses coups étaient forts, qu'ils étaient parfaits pour des contacts initiaux. Que à ce stade, c'était sublime. Bien mordants et parfaitement mesurés. Les coups des dernières séances se situaient effectivement dans la zone confortable de mon masochisme : ils me faisaient serrer les dents et me demandaient un effort d'accueil, d'immobilité, mais ils étaient magnifiquement douloureux. J'ai ajouté que j'aimais également aller juste assez trop loin, goûter à cette zone troublante où le plaisir vient par une prise de conscience de la portée de mon désir paradoxal, de mon consentement, de ce que je cède en acceptant, en quémandant de pareils traitements. En ce qui à trait à la douleur, c'est dans ce juste suffisamment trop que la soumission prend pour moi le plus son sens, qu'elle fait le plus distinctement chatoyer ses couleurs. 

Couchée sur le dos, jambes largement ouvertes pour le plaisir des yeux, mais surtout, pour celui que soient attendries ces chairs délicates de l'intérieur de mes cuisses généreuses, je frémissais à la fois d'excitation et d'anticipation, ayant bien compris la portée des mots que mon précieux venait tout juste de prononcer. L'impact se fit sentir, d'abord doucement. Trop doucement. Frustrant. Je croyais à des coups manqués - je suis naïve - mais il s'agissait en fait de me distraire. La vraie correction pris place alors que je ne la craignais plus. Je compris immédiatement que nous allions cette fois nous situer dans un tout autre registre : ma tolérance serait mise à l'épreuve. Effectivement, dès le premier impact digne de ce nom, je ne su rester ni silencieuse, ni immobile. 

- Et bien, il me semblait que tu étais suffisamment éduquée pour ne pas bouger, qu'est-ce qui t'arrive ? Remets toi en position. 

Ce que je fis, et ce que je payai immédiatement. Je ne sais pas combien de coups furent portés. Peu. La quantité n'était pas gargantuesque ; elle n'avait pas à l'être, chacun des impacts assénés étant à eux seuls une odyssée. Ce dont je me souviens, cependant, c'est que la toute dernières fois que le cuir s'abattit entre mes jambes, j'eus le souffle coupé. Je crus que je n'arriverais par à supporter pareil niveau de douleur, si tel était le chemin que nous emprunterions à l'avenir. J'avais tort... Non seulement je le pouvais, à ma grande stupéfaction - les soumises sous-estiment souvent leur capacités - mais je le désirais, les séances suivantes le mettrait clairement en lumière... 

J'eus à peine le temps de me remettre de ce brasier que déjà j'étais trainée - je suis une trainée - au plancher et vertement plaquée au mur. Assise par terre, les jambes écartées, je me retrouvai rapidement la bouche assiégée par cette bite que je désirais encore plus qu'un peu d'eau fraîche au coeur du désert. C'était bon, de le sentir à l'intérieur de moi, caresser mes muqueuses chaudes, humides, affamées, gourmandes. La bouche de sa pute, il l'a baisa comme s'il s'agissait d'un trou comme les autres, d'une cavité qu'il fallait baptiser, réduite à la plus simple expression de sa finalité. Lorsque vint son plaisir, il fit un pas en arrière et me déchargea sa pitance en plein visage, dans les yeux. Il en vint également dans mes cheveux, puis sur cette robe qui n'était plus qu'un bout de tissu ne ressemblant à rien, sinon à quelques lambeaux inutiles. 

- Ne bouge pas

Comment le pourrais-je ? J'étais en transe, je flottais dans cet ailleurs magnifique, envoutant, dans cet espace à l'abri de tout conditionnement internalisé par lobotomie sociétale. Il sortit de la chambre. Après quelques minutes, je l'entendis qui avait récupéré son manteau. Je ris. Il réapparut dans la chambre, me regarda puis sourit, satisfait, moi qui était souillée, rompue, plus pute que pute. Il me colla sa gomme au front, puis partit. 

TEMPS 2

Ne bouge pas. Il était parti sans me libérer de cet ordre qu'il m'avait donné. J'y voyais un oubli, une petite erreur, mais surtout, l'occasion de lui démontrer la portée de ma soumission, de me dépasser, de le surprendre. J'aimais offrir ce qui n'était pas demandé, aller au-delà de l'attendu, et les circonstances étaient parfaites. Il faut dire que j'étais également dans un état second. Le sperme reposait toujours sur mon visage, collant mes paupières, séchant doucement. La vision de moi-même à cet instant me paraissait d'un autre monde et j'avais envie de faire perdurer le doux repos qui me berçait. Ma conjointe allait terminer de travailler prochainement. Je ne savais pas quel heure il était exactement, mais d'après mes calculs, je n'aurais pas à patienter plus de deux heures. Et patienter, c'est ce que je ferais, parfaitement immobile. À son arrivée, elle prendrait une photo de moi, l'enverrais au Renard et lui demanderais en mon nom si je pouvais bouger. Tel était le plan. J'en étais fière. Il en serait fier aussi, n'est-ce pas ? Il en aurait le souffle coupé.

Driiiiiiiiiiinnnnnnggggg

Je souris en entendant la sonnerie de mon téléphone retentir. C'était lui, j'en étais certaine. Mon téléphone se trouvait dans la cuisine alors que je me trouvais dans ma chambre. Impossible de répondre. 

Ne bouge pas 

Driiiiiinnnnnnnnnnnnnnnnggggg

Ne bouge pas 

Drrrrrrrrrriiiinnnnnnggggg Drrrrrrrrrriiiinnnnnnggggg Drrrrrrrrrriiiinnnnnnggggg

Combien de fois avait-il appelé ? De nombreuses fois. Combien de temps s'était-il écoulé ? Longtemps. 

Ding 

Il textait à présent. Mon silence l'inquiétait probablement. Ou alors il me testait...

Ne bouge pas 

Ding Ding Ding Ding Ding Ding Ding Ding Ding 

Combien de fois avait-il texté ? De nombreuses fois. Combien de temps s'était-il écoulé ? Longtemps. 

Me réveillant doucement de cette autre dimension dans laquelle je reposais, je finis par bouger après environ une heure trente de parfaite immobilité. Parfaite Immobilité. Je dus le faire parce que peu vêtue, dominée par les hormones puissantes m'ayant fait voyager loin, je grelottais depuis maintenant un long moment, jusqu'à ce que l'asthme m'imposa sa loi : l'intégrité physique devait prévaloir avant tout. Au salon, je constatai que tous les messages et tous les appels provenaient effectivement de Renard. Au son de sa voix paniquée, plus que je ne l'aurais souhaité, je souris et ne prononçai que ces quelques mots : tu m'as dit de ne pas bouger...

2 commentaires:

  1. Thamara, ton texte m'en a inspiré un aussi. Je te le partage. Je serais bien curieuse d'avoir ton ressenti là-dessus. https://www.rubywhiteart.com/2018/05/09/souffrir-pour-grandir/

    RépondreSupprimer
  2. Superbe texte, combien de fois je me suis retrouvée dans cet état de transe, j'adore!!

    RépondreSupprimer